Car que fera l’homme qui succédera au roi? Ce qu’on a déjà fait.
Et j’ai vu que la sagesse a de l’avantage sur la folie, comme la lumière a de l’avantage sur les ténèbres; le sage a ses yeux à la tête, et l’insensé marche dans les ténèbres.
Mais j’ai reconnu aussi qu’ils ont l’un et l’autre un même sort. Et j’ai dit en mon coeur: J’aurai le même sort que l’insensé; pourquoi donc ai-je été plus sage?

Et j’ai dit en mon coeur que c’est encore là une vanité.

Car la mémoire du sage n’est pas plus éternelle que celle de l’insensé, puisque déjà les jours qui suivent, tout est oublié.

Eh quoi! le sage meurt aussi bien que l’insensé!

Et j’ai haï la vie, car ce qui se fait sous le soleil m’a déplu, car tout est vanité et poursuite du vent.

J’ai haï tout le travail que j’ai fait sous le soleil, et dont je dois laisser la jouissance à l’homme qui me succédera. Et qui sait s’il sera sage ou insensé? Cependant il sera maître de tout mon travail, de tout le fruit de ma sagesse sous le soleil.

C’est encore là une vanité.

Et j’en suis venu à livrer mon coeur au désespoir, à cause de tout le travail que j’ai fait sous le soleil. Car tel homme a travaillé avec sagesse et science et avec succès, et il laisse le produit de son travail à un homme qui ne s’en est point occupé.

C’est encore là une vanité et un grand mal.

Que revient-il, en effet, à l’homme de tout son travail et de la préoccupation de son coeur, objet de ses fatigues sous le soleil? Tous ses jours ne sont que douleur, et son partage n’est que chagrin; même la nuit son coeur ne repose pas.

C’est encore là une vanité.

Le fruit de l’orgueil de l’homme

J’ai vu que tout travail et toute habileté dans le travail n’est que jalousie de l’homme à l’égard de son prochain.

C’est encore là une vanité et la poursuite du vent.

L’insensé se croise les mains, et mange sa propre chair. Mieux vaut une main pleine avec repos, que les deux mains pleines avec travail et poursuite du vent. J’ai considéré une autre vanité sous le soleil. Tel homme est seul et sans personne qui lui tienne de près, il n’a ni fils ni frère, et pourtant son travail n’a point de fin et ses yeux ne sont jamais rassasiés de richesses. Pour qui donc est-ce que je travaille, et que je prive mon âme de jouissances?

C’est encore là une vanité et une chose mauvaise.

Deux valent mieux qu’un, parce qu’ils retirent un bon salaire de leur travail. Car, s’ils tombent, l’un relève son compagnon; mais malheur à celui qui est seul et qui tombe, sans avoir un second pour le relever! De même, si deux couchent ensemble, ils auront chaud; mais celui qui est seul, comment aura-t-il chaud? Et si quelqu’un est plus fort qu’un seul, les deux peuvent lui résister; et la corde à trois fils ne se rompt pas facilement. Mieux vaut un enfant pauvre et sage qu’un roi vieux et insensé qui ne sait plus écouter les avis; car il peut sortir de prison pour régner, et même être né pauvre dans son royaume. J’ai vu tous les vivants qui marchent sous le soleil entourer l’enfant qui devait succéder au roi et régner à sa place. Il n’y avait point de fin à tout ce peuple, à tous ceux à la tête desquels il était. Et toutefois, ceux qui viendront après ne se réjouiront pas à son sujet.

Car c’est encore là une vanité et la poursuite du vent.

Salomon

(Extraits des chapitres 1 à 4 de l’Ecclésiaste) (Ecclésiaste est la traduction de l’hébreu קהלת Qohelet, « celui qui s’adresse à la foule », orateur, prédicateur, prêcheur, et encore: Fils de David et encore: celui qui a collecté l’ensemble de toutes les informations)

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