Cette année est fêté les 500 ans du protestantisme. Le 31 octobre 1517 a été repris comme date historique, date à laquelle ont été publiées les thèses dites de Martin Luther (1483-1546).

Généralement le protestantisme est résumé en France et en Suisse par quelques acteurs et quelques faits, comme les théologiens et traducteurs de la Bible: Louis Olivier de Noyon (Pierre Robert Olivétan), Théodore de Bèze ou encore Jacques Lefèvre d’Étaples et Guillaume de Les Fareaux (Guillaume Farel) du Cénacle de Meaux, l’école créée pour donner un minimum de formation aux curés de l’époque, qui n’en avaient aucune.

Les écrits de Luther contredisaient les indulgences

Il existait une sorte de petit manuel, qui indiquait le prix à payer pour chaque faute. Il était possible de donner une certaine somme d’argent pour recevoir le pardon de l’église, dans le but de ne pas trop souffrir dans le purgatoire.  Pour avoir tué une personne, cela coutait un certain montant,  pour avoir couché avec une personne un autre prix était défini, etc.

Martin Luther et beaucoup d’autres en même temps que lui et avant lui, avaient lu la Bible. Ils savaient tous que dans la Bible le salut est gratuit. C’est à dire, sans devoir payer l’église catholique romaine pour échapper aux châtiments du purgatoire (avant le paradis ou l’enfer). Les pauvres, c’est à dire la grande majorité de la population n’avait bien souvent pas les moyens de payer. Les riches par contre, en avaient largement la possibilité. Pour plusieurs, il était possible de faire ce que bon leur semblait, puis de payer la taxe correspondante. (Pour plus de précisions, voir l’article de ce blog sur les indulgences).

Dans les pays du Nord de l’Europe, il sera certainement relevé encore d’autres noms et d’autres événements, par exemple, l’imprimeur Johannes Gensfleisch, dit Gutenberg (1400-1468). Entre parenthèse, il imprimait premièrement des indulgences,  il était déjà mort lorsque Martin Luther est né et il n’a pas inventé l’imprimerie! 😉

La Bible était répandue bien avant Luther et elle s’imprimait bien avant Gutenberg.

Généralement,  la ville de Genève est citée et donc Jehan Cauvin de Noyon (Jean Calvin), et les événements de la ville de Zurich, avec d’un coté les réformés-protestants-huguenots qui avaient la volonté de rendre les communes-états protestantes, dont Ulrich Zwingli, et de l’autre coté, les réformés-protestants-huguenots qui souhaitaient garder les communes laïques, c’est à dire les chrétiens indépendants des états. (Des villes et des pays non-religieux)

Avec ces différents événements, seule une poignée de noms revient, comme Félix Mantz ou encore Conrad Grebel.

Généralement, c’est ce qui est connu du grand public, l’histoire du protestantisme étant présentée très succinctement et résumée par quelques noms et une ou deux dates sur une même période.

Introduction à la « confession de foi » de 1120

400 ans avant le début historique du protestantisme, « La confession de foi des Vaudois du Piémont », était déjà « protestante ».

Elle se base entre autre sur Jérôme (~347-420) à l’origine de la première Vulgate, la Bible de référence en latin et sur le symbole des apotres. Ce dernier se retrouve à peu de choses près dans les écrits d’Irénée de Lyon (vers 180). Lui-même part de la Bible par les passages de 1Timothée 6:13-16 et 2Timothée 3:14 ou encore 1Corinthiens 15:3-5, et différents autres passages un peu similaires.

1120 est la date de la trace en elle-même, la date de l’écrit en question, connu et conservé. La trace pourrait être le seul document rescapé d’un nombre beaucoup plus importants de documents identiques. Le contenu de cette confession pourrait être beaucoup plus ancien et remonter au symbole des apôtres ou même auparavant. De mêmes documents auraient pu être répandus sur plusieurs siècles, dans plusieurs régions, et donc possiblement même en plusieurs langues, puisque à partir de ces années là, (environ 300 ans avant Martin Lutter) et pendant des siècles tous les écrits des chrétiens, y compris La Bible, ont été brûlés.

Ce texte est encore reconnu de nos jours comme « base de la foi chrétienne » par la plupart des églises protestantes, et évangéliques, voir même catholiques. Les confessions de foi protestantes et évangéliques actuelles, y compris le Concile de Trente, se basent sur cette confession des Vaudois du Piémont.

Entre parenthèse, des personnes comme John Wycliffe, Milic de Kromeris, Mathias de Janov, Thomas de Stiné ou encore Jan Huss, sont toutes des années 1370-1400. Ils annonçaient eux aussi, le salut gratuit, la véracité de la Bible et son autorité. Une partie d’entre ces personnes a terminé,avec bien d’autres, sur les bûchers de l’inquisition pour avoir remis en question la richesse démesurée et la débauche sexuelle du clergé catholique.

Les vaudois du Piémont?

Le Piémont est une région montagneuse au Nord de l’Italie dont les habitants affirmaient suivre les enseignements des apotres depuis toujours, ainsi que les inquisiteurs.

Sacco Rainier (Rayneriuz) le confirme dans son livre écrit vers 1255. Il était inquisiteur dominicain et il a écrit: « selon quelques-uns, [la secte vaudoise] existe depuis le temps de Sylvestre(1), selon d’autres depuis le temps des apôtres« . A peine plus loin, il écrit encore: « ceux qui en sont membres vivent justement devant les hommes, ont la vraie foi en Dieu, et qu’ils croient tous les articles du symbole »[des apotres].

Les deux premières régions qui interdirent d’avoir une Bible furent Toulouse et Tarragone. Par la suite, le ton se durcira et tous les lecteurs de la Bible seront constamment persécutés pendant des siècles par l’inquisition.

vaudois-300-1200

En 2015, une délégation catholique romaine s’est déplacé à Turin, la capitale de la région du Piémont en Italie, et le Pape en personne a demandé pardon pour les actes inhumains et non-chrétiens (selon ses propres paroles) de la part de l’inquisition contre les Vaudois.

Les Vaudois et La Noble Leçon

Un très long poème datant de 1100, « La Noble Leçon », explique l’origine de l’appelation « vaudois ». Les vers  368 à 372 de ce poème:

«Que s’il y a quelqu’un qui aime et craigne Jésus-Christ, qui ne veuille maudire, ni jurer, ni mentir, ni paillarder, ni tuer, ni prendre le bien d’autrui, ni se venger de ses ennemis, – ils disent qu’il est vaudès et digne de punition».

Vaudès en latin Vallenses ou Valdenses, deviendra Vaudois en français. Vaudès en langue romane a le sens de sorcier. Cette signification est longtemps restée dans le patois du canton de Vaud (Suisse).  Jean-Paul Perrin dans son livre « Histoire des Vaudois » (1518), cite le livre de Claude de Rubis: « Histoire de la ville de Lion »: «Quand on parlait d’un sorcier, on l’appelait vaudès».

Toutes les personnes s’appuyant sur la Bible, avant de s’appuyer sur l’église catholique romaine, avaient été  désignées hérétiques, dans un premiers temps. Un responsable catholique, Jean XXII (22) publiera en 1326 une bulle (super illius specula) assimilant pratiquement la sorcellerie à l’hérésie.

Comme tous les persécutés fuyaient dans les montagnes, chrétiens, sorcières, et avec eux certainement des opportunistes, profitant d’échapper à telle ou telle sentence, tous ont été mis dans le même sac par d’autres responsables catholiques, comme Benoît XII ou encore Alexandre V. Peu importe leurs réelles croyances et leur réel mode de vie, tous furent pourchassés sur un même plan.

Les hérétiques étaient désignés et appelés différemment d’un pays à l’autre, parfois en fonction de la région, parfois par différents sobriquets plus ou moins moqueurs.

Pierre Valdo se fit connaitre en 1175,  plus de 50 ans après la rédaction de cet écrit là, de la confession de foi des vaudois du Piémont. A son époque, les personnes avaient uniquement un prénom. Lorsque deux personnes connues portaient le même, elles étaient rattachée à leur ville de naissance. Par exemple, Pierre de Lyon. Il semblerait qu’il aie existé un Pierre, frère pauvre de Lyon, auparavant marchand. Il aurait été déclaré hérétique et se serait enfuit en Flandres (actuelle Belgique) pour échapper aux persécutions. Par la suite  il se serait rattaché aux hérétiques du Piémont et donc traité avec eux de valdès, en français « vaudois ». Ce Pierre (Valdo) n’a logiquement pas pu écrire la confession de foi suivante.

Il est fort possible que l’histoire ait retenu uniquement le nom de Pierre le pauvre de Lyon (Pierre Valdo), puis qu’elle l’ait associé à différents événements, comme de nos jours, il arrive que le protestantisme soit résumé par le seul nom de Luther, avec passablement de « raccourcis » pour le moins abrupts.

Manichéens, hérétiques, sorciers,  voleurs, insoumis, etc

Dénoncer les indulgences avait provoquer passablement de remous au sein du catholicisme à l’époque de Martin Luther. Ces chrétiens là avaient été particulièrement calomniés comme les vaudois avant eux. Avec sorciers, un terme est régulièrement revenu dans l’histoire: « manichéen ».  Dans les croyances populaires « manichéen » était un truc à combattre comme la peste. Personne ne savait bien ce que cela voulait réellement dire, mais ce mot a provoqué dans certaines populations une peur quasi viscérale du manichéisme. Je ne suis pas certaine, qu’encore aujourd’hui, nous saurions expliquer  ce terme et faire par exemple la différence entre baptiste, orthodoxe, catholique, pentecôtiste,  darbiste, messianique, protestant et manichéen, ou encore anglican, méthodiste et quaker. Mais même si personne ne sait réellement ce que manichéen signifie, dire à propos de quelqu’un, « c’est un manichéen »,  provoque encore souvent une réaction épidermique et signifie: « il est très dangereux ». Mais personne ne sait expliquer pourquoi.

Béréenne attitude

Confession de foi des Vaudois du Piémont de 1120

I. Nous croyons et tenons fermement tout le contenu, des douze Articles du Symbole appelé des Apôtres ; tenons pour hérésie tout ce qui discorde ou ne convient pas avec les susdits douze articles.

II. Nous croyons en un Dieu Père, Fils, et St-Esprit.

III. Nous tenons pour Saintes Écritures et Canoniques, les Livres de la Sainte Bible. Les cinq livres de Moïse, qui sont : La Genèse. l’Exode, le Lévitique, le Nombres, le Deutéronome. Josué, Juges,Ruth, I Samuel, II Samuel, I des Rois. II des Rois, I des Chroniques, II des Chroniques, I Esdras, Néhémie, Ester, Job, le livre des Psaumes, les Proverbes de Salomon, L’Ecclésiaste, Le Cantique de Salomon, Esaïe, Jérémie, les Lamentations de Jérémie, Ézéchiel, Daniel, Osée, Joël, Amos, Abdias, Jonas, Michée, Nahum, Abacuc, Sophonie, Aggée, Zacharie, Malachie.

Maintenant suivent les Livres Apocryphes, qui ne sont pas reçus des Hébreux, mais nous les lisons comme dit JÉRÔME en sa Préface sur les Proverbes, pour l’instruction du Peuple, et non pas pour confirmer l’autorité des Doctrines Ecclésiastiques. Ces Livres sont: Le 3 d’Esdras, le 4 d’Esdras, Tobie, Judith, la Sapience, Ecclésiastique, Baruc, avec l’Épître de Jérémie, Ester, depuis le 10 chap. jusqu’à la fin, l’Histoire de Suzanne, l’histoire du Dragon. Le I des Maccabées, le 2 des Maccabées.

(NDLR: Ce que réaffirmeront les protestants  au Concile de Trente, en accord avec les catholiques romains. Ces livres étaient dans les Bible « protestantes » comme la Bible de Calvin, etc jusqu’à récemment. Ils ont été supprimés des Bibles protestantes pour rendre la Bible moins volumineuse et aussi meilleur marché. Ces différents livres sont considérés sur un même plan par les catholiques et les protestants. A noter que les différents orthodoxes, coptes, éthiopiens, les quakers ou encore les anabaptistes, etc n’ont pas participé (semble-t-il) au concile de la ville de Trente, en Italie qui dura près de 20 ans dans les années 1545-1560.)

Les Livres du Nouveau Testament
L’Évangile de St. Matthieu, l’Évangile de St. Marc, l’Évangile de St. Luc, l’Évangile de St. Jean, les Actes des Apôtres, l’Épître de St. Paul aux Romains, la I. aux Corinthiens, la II aux Corinthiens, aux Galates, aux Éphésiens, aux Philippiens, aux Colossiens, I aux Thessaloniciens, II aux Thessaloniciens, I à Timothée. II à Timothée, à Tite, à Philémon, aux Hébreux, I. Épître de St. Pierre, II Épître de St. Pierre, la I. Épître de St. Jean. La II Épître de St. Jean, la III. Épître de St. Jean. l’Épître St. Jude. L’Apocalypse de St. Jean.

IV. Les Livres susdits enseignent ceci:
Qu’il y a un Dieu tout-puissant, tout sage et tout bon, qui par sa bonté a fait toutes choses. Car il a formé Adam à son image et ressemblance, mais par l’envie du Diable, et par la désobéissance dudit Adam, le péché est entré au monde, et que nous sommes pécheurs en Adam et par Adam.

V. Qu’il a été promis aux Pères, qui ont reçu la Loi, à ce que par la Loi connaissance leurs péchés, leur défaut de justice, et leur impuissance, ils désirassent l’avènement de Christ, pour satisfaire pour leurs péchés, et pour accomplir la loi par lui-même.

VI. Que Christ est né au temps ordonné par Dieu son Père, à savoir au temps que toute iniquité abondait. Et non pour les bonnes oeuvres seulement, car tous étaient pécheurs: mais à ce qu’il nous fit grâce et miséricorde, comme étant le véritable.
Que Christ nous est vérité, vie, justice et paix, – Pasteur et Avocat, Oblation et Sacrificateur, qu’il est mort pour le salut de tous les croyants, et ressuscité pour nôtre justification.

VIII. Semblablement nous tenons fermement, qu’il n’y a aucun autre Médiateur et Avocat envers le Père que Jésus-Christ. Mais que la Vierge Marie a été Sainte, humble et pleine de grâce. Et de même : croyons-nous de tous les autres Saints, qu’ils attendent au ciel la résurrection de leurs corps au jugement.

IX. Item nous croyons qu’après cette vie, il n’y a que deux lieux, un pour les sauvés, que nous appelons Paradis, et un pour les damnés que nous nommons l’Enfer, renonçons entièrement à ce Purgatoire, inventé par l’Antéchrist et feint contre la vérité.

X. Item nous avons toujours crû, que c’était une abomination, dont il ne fallait point parler devant Dieu, que de toutes les choses inventées par les hommes, comme sont les Fêtes, et les Vigiles des Saints, et l’eau qu’on nomme bénite, et de s’abstenir en certains jours de chair et autres viandes, et choses semblables, et surtout les Messes.

XI. Nous avons en abomination les Traditions humaines, comme étant Antichrétiennes, pour lesquelles on nous trouble et qui sont préjudiciables à la liberté de l’esprit.

XII. Nous croyons que les Sacrements sont les signes ou la forme visible des choses saintes : croyants qu’il faut, que les fidèles usent de temps en temps de ces signes ou formes visibles, s’il se peut faire. Mais nous croyons pourtant, que le fidèle peut être sauvé, quoi qu’il n’ait pas reçu les signes susdits, quand il n’a pas été en lieu, où ils fussent administrés, ni eu le moyen de se servir desdits signes.

XIII. Nous n’avons point connu d’autres Sacrements, que le Baptême, et l’Eucharistie.

XIV. Nous devons honneur à la puissance Séculière, en obéissance, en promptitude et en contribution.


Confession de foi à partir du livre de Pierre Boyer, écrit en vieux français en 1691. Il cite cette confession 560 ans après 1120, année de la trace en question. (C’est à dire, de l’age de l’écrit en question, la confession pouvant être beaucoup plus ancienne) Le français vient d’être quelque peu « re-traduit » en français de notre époque.

Pierre Boyer avait consulté vers 1691, ces différentes traces à la bibliothèque de Cambridge en Angleterre et à Genève en Suisse. Entre autre, selon ses écrits:

  • (…) un écrit en leur langue vulgaire, de l’an 1100 intitulé Leçon, parce qu’il donne la Règle de bien et Saintement vivre, et exhorte un chacun à la Sanctification et à l’étude des bonnes oeuvres.
  • Plus un Catéchisme de la même année, où en demandes et réponses sont enseignés tous les principaux mystères de la Religion Chrétienne, conformément à la parole de Dieu, sans aucun mélange des Traditions.
  • Plus une explication de l’Oraison Dominicale de l’an 1120.
  • Plus une explication du Symbole des Apôtres, avec des passages formels de l’Écriture Sainte sur chaque article.
  • Plus une explication des Commandements de Dieu ou du Décalogue.
  • Et enfin un livre qui a pour titre : le livre ou Traité de l’Antéchrist. Ces trois actes sont de l’an onze cent vingt.

D’autres parts  : Ils (Les Vaudois) ont toujours tenu l’Écriture Sainte pour la Règle perpétuelle de la Foi, et n’ont jamais voulu croire ni recevoir, que ce qu’elle enseigne. De tout temps ils ont fait le service en langue entendue, et leur Doctrine a été de tout temps, telle qu’elle est à présent.

Par P. BOYER, Ministre. À LA HAYE, Chez MEINDERT UITWERF, Marchand Libraire, M. DC. XCI.(1691)

(NDLR: Ces écrits sont sur Internet dans différents sites en plus ou moins vieux français)

Note 1

Il a existé plusieurs Sylvestre:

  • Sylvestre: premier pape catholique romain (empereur Constantin) (Chaque empire avait un pape)
  • Sylvestre de Besançon (+396)
  • Sylvestre de Chalon-sur-Saône (dans les années 500)
  • Sylvestre de Moutier Saint Jean (+ 625)
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