1855

Catherine et William Booth, le couple fondateur de l’Armée du Salut, se sont marié cette année là. Ils ont eu 9 enfants. 8 grandiront.

L’Armée du Salut ne s’est pas constituée en un jour.

Londres, première ville du monde en nombre d’habitants et en économie est alors démesurément riche. Les nombreux bidons-villes qui l’entourent sont surpeuplés. Beaucoup n’ont pas de toit, pas de nourriture, beaucoup d’enfants sont à la rue. La prostitution, le jeu, le banditisme et l’ivrognerie, ajoutent encore aux difficultés des plus pauvres.

Les familles aisées mettent facilement à la rue leurs filles enceintes hors mariages, ainsi que leurs enfants. Certains maris mettent eux aussi à la rue leurs épouses, pour différentes raisons pas forcement très valables, ou encore vendent leurs épouses au plus offrant, le dernier cas connu (juridiquement) datant de 1913. L’année suivante, commence la guerre de 1914-1918 et les tribunaux auront d’autres priorités que la vente (la traite) des femmes.

(Précisions dans l’article de ce blog: La condition des enfants en Angleterre en 1836: George Müller, raconté par William Conductier (vidéo) )

500 groupes de chrétiens travaillent dans les bidons-villes de Londres et des autres villes minières de la Grande-Bretagne, à la création de l’Armée du Salut. Ces différents groupes apportent un peu d’aide dans l’urgence mais personne ne pense à une aide globale qui apporterait à chacun une réelle subsistance dans la durée.

Plusieurs épidémies ravagent les bidons-villes. Très peu de jeunes arrivent à l’age de 20 ans avec leurs deux parents encore en vie, si les jeunes eux-mêmes sont encore en vie!

William Booth alors préteur sur gage, se convertit, c’est à dire, devient chrétien « de coeur » et change radicalement de buts, d’objectifs, de façon de concevoir la vie, etc. Il recherchait la fortune, il cherche soudain à être pasteur. Il continue son travail et se rend chaque soir dans les bidons-villes, pour y prêcher debout sur une chaise au milieu de la rue. Il apprend très vite qu’il est impossible de prêcher comme dans une église mais qu’il faut adapter son langage à la rue.

Il loue bientôt un théâtre, qu’il remplit le dimanche après-midi avec les personnes des bidons-villes.

Les chants chrétiens sont chantés sur une musique moderne pour cette époque, avec une fanfare. Les prédications de William Booth sont des spectacles qui attirent les foules. C’est à dire uniquement les habitants des bidons-villes. Son but: le salut du plus grand nombre. Il essaye de créer un tremplin pour amener ces personnes dans les églises déjà existantes.

Les « sages chrétiens des églises » sont très septiques devant cette modernité et plus encore devant les nouveaux arrivés, quelques-uns s’étant risqués à venir lors d’une réunion d’église. Beaucoup sont des anciens (???) voleurs, prostituées, ivrognes, etc. Ils ne savent souvent pas lire. C’est seulement en 1920, soit presque70 ans plus tard, que l’ensemble des anglais apprendront à lire.

Les « sages chrétiens des églises » ne veulent pas s’asseoir aux cotés de personnes qui parlent un anglais des rues, qui … ne sentent pas forcement très bon, et qui sont souvent sujets à des maladies contagieuses et à des épidémies. Les personnes des bidons-villes se sentent mal accueillies et refusent d’aller dans ces églises. Elles souhaitent seulement participer aux « spectacles » du dimanche après-midi. Ils ne sont de loin pas que des spectacles. Derrière, il y a de réels chrétiens avec une réelle préoccupation de chacun. Beaucoup de personnes des bidons-villes croiront à l’Évangile  à ces spectacles.

150 ans auparavant

En Angleterre, l’église est étatique et anglicane. Elle est à mis-chemin entre le catholicisme et le protestantisme. Un homme dont le nom restera dans l’histoire, John Wesley,  change radicalement de coeur et de conscience en 1738.

(Les fondateurs de l’Armée du Salut, William et Catherine Booth sont nés en 1829, presque 100 ans plus tard)

John Wesley va à la rencontre des hommes, femmes et enfants qui travaillent dans les mines de charbon et écrit à leur intention des traités de médecine populaire, c’est à dire, des explications sur l’hygiène, la santé, etc. John Wesley n’est pas tout seul. Une équipe entière de prédicateurs (pasteurs) contribuent à la création d’écoles et d’organismes sociaux pour lutter contre l’ignorance et la pauvreté. En Angleterre, ils sont (parmi?) les premiers à dénoncer l’esclavage.

Ils annoncent le protestantisme: il n’y a pas besoin de payer l’église par une indulgence ou autre chose pour être sauvé. Ce n’est pas l’église qui sauve mais Dieu, et Dieu sauve gratuitement.

En Angleterre, l’église étatique anglicane s’oppose assez vivement à John Wesley et à son équipe. Ensemble, ils formeront une nouvelle église composée de chrétiens qui ne suivent pas les habitudes de leur culture ou famille mais qui sont devenus chrétiens au cours de leur vie et ont changé radicalement de « coeur et de conscience »: l’église méthodiste.

1850-1860 : Les méthodistes et le mouvement « Wesleyan » (à partir du nom de John Wesley)

Les méthodistes sont maintenant les enfants des premiers méthodistes. Plusieurs générations ont passées. John Wesley est mort depuis longtemps.

En 1850-1860, certains méthodistes sont très conscients des dégâts causés par la dépendance aux drogues, y compris à l’alcool.  Ils créent différents mouvements d’abstinence totale. D’autres ne souhaitent pas adhérer à ces mouvements. Plusieurs femmes, comme Catherine Booth, se mettent à prêcher et déjà à lire des poèmes en public, ce qui est une petite révolution pour le mouvement « Wesleyan », beaucoup sont les enfants, des enfants, des enfants, des chrétiens qui l’étaient devenus au cours de leur vie.

William qui ne connait pas encore Catherine se fait mettre à la porte de son assemblée Wesleyan pour ses idées « réformistes », ainsi que Catherine qui se fait mettre aussi à la porte de son assemblée, presque à la même époque.

Lors de leur toute première rencontre, William est en train de lire publiquement un poème sur l’abstinence et Catherine approuve largement son contenu. Lire publiquement des poèmes se faisaient beaucoup à ces époques. Pour info juste en passant, FB n’existait pas encore ni Twitter, pas même WordPress! 😉

Un mouvement se lève, les Booth en tête. Des sortes de « maisons de repos » seront créées, pour accueillir les ivrognes environ une année, le temps estimé à leur réhabilitation. Les ivrognes sont dépendants de l’un ou de plusieurs de ces produits: alcool, morphine ou laudanum, un dérivé de l’opium. Ivrogne n’a pas la même signification qu’alcoolique.

En sortant des « maisons de repos », ils pourront apprendre un métier d’usine. Nous sommes à l’époque des mines, de la révolution industrielle, et du chemin de fer. Les anciens ivrognes, qui sont maintenant abstinents, pour parler avec le vocabulaire de cette époque, peuvent aussi se rendre dans une énorme ferme pour y apprendre l’agriculture. Les « bons soins » seront souvent accompagnés d’un régime quasiment militaire. Beaucoup sont nés dans la rue, ont survécu grâce au vol, à la prostitution, à la traite d’être humain, au jeu, etc. Avec la douceur de l’accueil,  il y a des règles assez strictes pour encadrer chacun. Ce sont très vite les fraichement réhabilités qui encadreront les nouveaux arrivants.

Les enfants toujours plus grands de la famille Booth se mêlent maintenant parfois de près aux activités de leurs parents. L’un d’eux dira à son père, je ne souhaite pas être un bénévole mais un volontaire. Je n’ai toujours pas compris très bien mais je pense que dans sa culture, un bénévole, c’est un « gentil-chrétien-un-peu-nunuche-qui-aide-les-autres-pour-oublier-ses-problèmes », tandis qu’un volontaire, c’est un « soldat-qui-se-lève-avec-force-pour-gagner »!

Sur le conseil de leur fils, le couple Booth  propose que ce groupe de chrétiens ne soit pas composé de gentils bénévoles mais qu’il soit une armée de volontaires pour le salut du plus grand nombre: L’Armée du Salut.

Les premiers salutistes

En Angleterre, les habits ont une signification. En premier, les personnes ont « un habit » ou des guenilles (des haillons). Pour ceux qui ont les moyens d’avoir des habits, (déjà UN habit) ils représentent la profession, le statut, et même la « sorte de moralité » ou encore le « genre d’église ». Les enfants et les jeunes, du jardin d’enfant, à l’université, ont des costumes en fonction de leur école.  Mais les enfants des bidons-villes ne vont pas à l’école.

Les habitants des bidons-villes ont pour la plupart, des guenilles uniquement.  Il leur sera proposé un costume sur le modèle des habits correspondant à une profession ou une classe sociale.

D’un autre coté, les rassemblements chrétiens se veulent joyeux. Les fanfares sont choisies comme instruments de musique pour accompagner les chants chrétiens.

Les salutistes (de l’Armée du Salut) font maintenant des tournées en ville de Londres et même dans plusieurs autres pays avec leurs fanfares. Ils envahissent les bistros en chantant sur des musiques modernes (pour cette époque) et avec leurs costumes un peu genre militaire. Ils chantent des chants joyeux sur Dieu, avec parfois des paroles qui indiquent une possibilité de sortir des dépendances, et de la pauvreté.

Béréenne attitude