(« Spitalfields nippers », enfants des rues, Londres, 1901, par le photographe Horace Warner)

La famille Booth avait 8 enfants nés entre 1856 et 1868. Alors qu’ils étaient âgés de 22 à 34 ans, ils ont perdu leur mère, Catherine. 22 ans plus tard, alors qu’ils étaient âgés de 43 à 56 ans, ils perdent leur père, William, à l’age de 83 ans. Le fils ainé, Bramwell, reprend alors le flambeau. C’était en 1912.

En 1878, un système hiérarchique avait été élaboré et William Booth placé à la tête de la structure de l’Armée du Salut. Placé comment et par qui, je ne sais pas. De fait, il sera le premier général et le restera sa vie durant. Il avait nommé à sa suite son fils ainé, Bramwell, qui était l’un de ses enfants les plus impliqués dans l’Armée du Salut.

Bramwell Booth sera le général (au niveau mondial) de 1912 à 1929. En 1928, il tombera malade, et les plus grands responsables lui demanderont de se retirer. Ils nommeront à sa place Edward Higgins. Le nouveau général s’était vu confié par Bramwell  (le fils ainé des Booth) un des plus haut poste de Grande-Bretagne, en 1907.

1928-1929

La tête de l’Armée du Salut passe en quelque sorte des mains de la famille Booth aux mains de l’ensemble de tous les membres en 1928.  Il est décidé que les futurs responsables seront élus. Il est décidé d’une limite d’age, 70 ans, pour exercer une fonction. Au-delà, les personnes partent à la retraite. Toutes les responsabilités seront ouvertes indifféremment aux hommes et aux femmes. Par la suite et jusqu’à aujourd’hui, les mandats dureront 5 ans maximum. Plusieurs femmes ont accédé aux plus hautes responsabilités depuis.

Evangeline, l’avant dernière des enfants de la famille Booth, sera élue générale, après Edward Higgins. Elle avait été élue par les responsables et la première femme à un tel poste. Par la suite, il ne semble pas qu’un ou plusieurs des petits-enfants aient continué sur les traces de leurs grands-parents.

1929-1934: Edward Higgins, responsable de l’Armée du Salut (au niveau mondial)

Né en Grande-Bretagne, soldat de l’Armée du Salut, il est devenu officier en 1882, à l’âge de 17 ans. (Les jeunes hommes se mariaient dès 14 ans et les filles dès 12 ans en Angleterre en 1882. L’espérance de vie était très courte pour une grande partie de ses habitants). En langage courant, Edward Higgins était premièrement un chrétien, puis un responsable. Il a vécu très longtemps aux États-Unis. De retour en Grande-Bretagne, en novembre 1912, il avait organisé un service de prière dans le cœur de Londres. Cela répondait à un réel besoin. L’opération avait été répétée en 1913.

Puis il y eu la guerre de 1914-1918 ….

En 1919, le Général Bramwell Booth avait nommé Edward Higgins chef de l’état-major, une des plus haute fonction de l’Armée du Salut. (Même si se sont des termes militaires, ils sont sans rapport avec une réelle armée).

L’abstinence aux USA

L’Armée du Salut était partie de l’abstinence. L’un des principal et premier but avec le salut spirituel du plus grand nombre était d’éradiquer le fléau de l’ivrognerie, ou encore par la suite de lutter contre la prostitution enfantine.

Si en Angleterre,  ceux qui avaient lancé le mouvement d’abstinence ne buvaient pas d’alcool par « solidarité » envers ceux qui luttaient avec différents produits, aux USA, cela s’est avéré plus compliqué.

Les rencontres de l’Armée du Salut se voulaient sans alcool mais joyeuses. Le message était: soyons heureux sans nous détruire. De nombreux restaurants sans alcool ou encore des « maisons de vacances » ouvriront dans cette optique: donner la possibilité d’avoir des activités sans avoir besoin de boire pour être « cool » et sans avoir continuellement de l’alcool à portée de main.

L’ivrognerie concernait donc, en plus de l’alcool, la morphine et un dérivé de l’opium.  L’œuvre de l’Armée du Salut n’était pas une église, selon la définition de ce terme par le courant du protestantisme. (Et du catholicisme, anglicanisme, etc). Les « nouveaux chrétiens » et  « anciens-ivrognes » étaient maintenant abstinents et se rendaient dans des églises déjà existantes des USA, principalement dans les églises dites évangéliques.

De nouvelles sociétés d’abstinence au coté de l’Armée du Salut, encourageaient les  « sages chrétiens des églises » à être eux aussi abstinents. Aux USA, plusieurs « sages chrétiens des églises » buvaient modérément (ou moins modérément). Mais plusieurs gagnaient aussi leur vie par l’alcool. Si en plus des anciens alcooliques, une grande partie des chrétiens se mettaient à l’abstinence …

Plusieurs débits de boissons se sont retrouvé soudain avec nettement moins de clients. Les vignerons, mais encore dans un autre registre, les réseaux d’écoulement de la drogue étaient concernés.  En Angleterre, les gangs avaient attaqué les salutistes.

Aux USA, les églises prendront parfois des positions extrêmes. Tous devenaient abstinents ou tous luttaient pour continuer à boire de l’alcool tranquillement, modérément ou moins modérément. D’autres luttaient pour conserver leur gagne-pain.

Sainte-cène: boire ou ne pas boire du vin

Il restait un petit problème, la sainte-cène. Plusieurs avaient constaté qu’une seule gorgée de vin pouvait déclencher une « crise de manque ». Médicalement parlant, « tremper les lèvres » dans une boisson alcoolisée suffit à déclencher une « rechute » chez certaines personnes abstinentes.

Tout a été essayé en matière de sainte-cène. Par exemple, demander aux abstinents de lever la main pour avoir une coupe de jus de raisin à la place de la coupe de vin alcoolisée. Ou bien prendre de soi-même un gobelet individuel. Ou encore donner à tous du jus de raisin sans alcool.

Le premier but était de prendre soin des personnes, des personnes les plus fragiles. Si plusieurs pouvaient facilement lever la main pour demander du jus de raisin, c’était dire publiquement: j’ai un (ancien) problème avec l’alcool.

(Voir dans le premier article, comment les tous premiers salutistes qui sortaient des bidons-villes de Londres ont été accueillis dans les églises d’Angleterre)

Bien que dans l’autre sens, il devait être normalement très simple et facile de dire, surtout dans une assemblée de chrétiens, de chrétiens!:  « j’étais ivrogne, de nombreux chrétiens sont venus à moi pour m’apporter l’évangile et m’entourer, pour s’occuper de me réhabiliter, de me nourrir, de me vêtir, de me donner un métier, un travail … je souhaiterais aujourd’hui du jus de raisin mais vous …. vous semblez être différent? Non? Vous ne vous réjouissez pas avec moi de mon salut? »

Nous sommes en train de parler d’église. De frères et de soeurs …

D’autres personnes se sont mis à faire « des recherches bibliques » sur l’abstinence pour essayer de mettre tout le monde d’accord. Ou pas! Ce n’était plus une question de personnes, d’aimer et de prendre soin de personnes, et de les exposer ni à l’alcool ni à l’éventuel mépris de rares(?) chrétiens(?). Ce n’était plus une question de ne pas être une pierre d’achoppement pour un frère mais d’être scripturaire, d’avoir la juste doctrine.

Ce n’était plus essayer de faire en sorte que les nouveaux arrivants ne soient pas différenciés des autres. Différenciés par d’autres. Comment leur donner la liberté de dire:  « j’aimerais du jus de raisin »? Tout simplement!

Ce sont des sujets et des questions qui ne devraient pas même arriver sur le tapis dans l’église ou … ?

Edward Higgins, avant d’être général

Il s’était retrouvé au milieu de l’ensemble des églises des USA. Principalement au milieu des églises dites évangéliques: méthodistes, baptistes, frères, pentecôtistes, etc. Edward Higgins a passé beaucoup de temps à parler avec les uns et les autres. C’était un très bon orateur, selon ce qui est dit de lui de nos jours.  Il a sans cesse essayé d’apporter de la compréhension aux chrétiens qui travaillaient dans le domaine de l’alcool (vignerons, débits de boissons, etc) comme aux personnes fraîchement sorties de la drogue et apporté la paix entre ces différents chrétiens.

Ou encore parlé aux personnes qui désiraient continuer de boire de l’alcool modérément (ou pas) et parlé avec ceux qui souhaitaient rendre abstinent tous les chrétiens de leur région, parfois même en passant par « une base biblique ».

Dans la Bible, il y a plusieurs passages qui parlent d’abstinence, que les anglophones reprennent parfois comme « dogme incontournable ». Alors que d’autres passages, en premier les noces de Cana …

Grandes étaient les difficultés rencontrées par Edward Higgins …

Les vrais sujets

Si souvent le vif du sujet, le fond du problème, l’abstinence en elle-même, n’a pas été débattue pour ce qu’elle était réellement.

Est-il besoin de dire, qu’en plus de prôner l’abstinence, d’introduire dans les églises des anciens voleurs, des anciens alcooliques, etc, etc, l’Armée du Salut donnait la même place aux femmes qu’aux hommes?  La même place à tous?

bell-ringer

Que l’Armée du Salut donne des responsabilités à des femmes « nées dans l’église » aurait déjà été « un grand événement » mais qu’elle donne en plus des responsabilités à des femmes parfois très jeunes, qui étaient auparavant des prostituées …   ou encore des ivrognes …

Entre parenthèse, c’est à ces époques que les nouvelles éditions-révisions de la King James, la Bible en anglais de référence, avaient fait passer pour des hommes, les femmes de la Bible Nympha et Junia…

Les hommes étaient souvent moins « enquiquinés » pour leur éventuel « lourd passé » que les femmes. Pourquoi? Je ne sais pas trop. Peut-être pour avoir une raison de ne pas accepter ces femmes?

Les réelles causes de désaccords ont rarement été relevées. A commencer par l’égoïsme, qui est dans la Bible la plupart du temps en tout premier dans les listes de réprobation: « moi, je bois un coup de temps en temps, je n’ai aucun soucis avec l’alcool, je ne vois pas pourquoi, je m’abstiendrais pour des personnes que je connais à peine! » 

Avec l’égoïsme, il y a souvent l’orgueil: « pour des personnes que je connais à peine et qui de plus arrivent des « bas-quartiers », des bidons-villes, etc, qui ne sont pas de mon milieu, pas de mon église, moi je suis plus ceci et mieux cela! »

Entre les lignes, on peut y voir de la peur. Peur de cet autre qu’on ne connait pas. Peur de cet autre dont on a entendu dire qu’il avait été en prison … peur des échecs de cet autre, surtout. Et donc peur de l’échec pour soi-même …

« Je ne suis PAS comme lui, je ne veux pas lui ressembler mais au fond de moi, à quelque part, je sais très bien qu’il pourrait m’arriver différents événements et que je pourrais me retrouver moi, un jour, dans sa situation  » …  

… « Et déjà, j’aurais pu naitre dans son pays, dans son quartier, dans sa famille, j’aurais pu moi avoir son genre-sexe, sa couleur de peau, ses parents (ses non-parents) … et donc même sa micro-culture … ses amis …  » …

Avec l’égoïsme, l’orgueil, la peur, et de nombreux autres sentiments souvent mélangés, arrive le mépris: « moi, je suis mieux que toi »  qui va avec la honte: « pourvu qu’on ne sache pas que dans ma famille aussi, il y a telle ou telle personne quiou que moi, j’ai il y a très longtemps, ou bien hier et ce matin » …  avec il arrive la condescendance, la pitié, les jugements, les accusations, les dissimulations, les détours, les mensonges, les calomnies, etc, etc, etc.

La palette est très large…

Les faux-frères, les faux-prophètes, les évêques cruels, etc

Dans la Bible, par exemple dans l’épite aux Galates, il est parlé de faux-frères même, faux-frères qui essayaient de poser de lourds jougs sur les épaules des nouveaux chrétiens, d’autres ne pensaient qu’à leur propre ventre (à leur propre intérêt) ou encore à diviser pour mieux contrôler…

Le nouveau chrétien « tout neuf » vient lui d’être « nettoyé » de cette palette de sentiments là. Et il a un coeur nouvellement sensible. Il vient de perdre son coeur de pierre (son coeur endurci). Mais il est encore juste fragile …. souvent car il découvre une nouvelle sensibilité. Il a perdu ses habitudes de défense, il compte maintenant sur Dieu … mais ce n’est pas évident de passer de nos propres défenses à celles de Dieu.  Il n’y a parfois qu’un très petit pas, pour se faire happer par une chose ou une autre. Bien que Dieu lui, nous tient fermement.

Ce nouveau chrétien là arrive dans une église où les plus anciens ont été débarrassés depuis très longtemps de la palette de sentiments énumérés précédemment.

…ou bien devraient avoir été débarrassés depuis longtemps………

Les vrais sujets et les vraies questions sont trop souvent évincées. A la place, des choses secondaires, annexes, peu importantes, viennent sur le devant de la scène et prennent parfois des proportions démesurées. Les fanfares, par exemple. Les instruments de musique des fanfares. Est-il bien de chanter des chants chrétiens avec des trompettes, oui! non! oui? non ? pourquoi? pourquoi pas? parce que! Est-il bien de défiler dans la rue en tant que chrétiens? De jouer dans un band? (Dans une fanfare). Oui? non! non? oui! pourquoi? mais si! alors non pas du tout!

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Une salutiste jouant du tambourin en chantant dans les rues d’une grande ville. 2Samuel6:5 David et toute la maison d’Israël jouaient devant l’Éternel de toutes sortes d’instruments de bois de cyprès, des harpes, des luths, des tambourins, des sistres et des cymbales

D’autres supprimeront tous les instruments de musique, tous. C’était plus simple que de dire, les trompettes c’est « trop » mais pas les violons, par contre les batteries, sans parler des accordéons ou des contrebasses. Oui mais dans la Bible, les tambourins, les trompettes … d’accord, les orgues et les guitares n’existaient pas encore…  mais … et si …

Zéro instrument, zéro casse-tête insoluble.

Les nouveaux arrivés se demandent si le fait de chanter avec un orgue, ou de chanter avec une trompette ou sans instrument du tout, fait une réelle différence devant Dieu…

Les nouveaux arrivés se demandent quelle est la réelle importance des coupes pour distribuer le vin devant Dieu. S’il faut deux coupes, l’une avec alcool, l’autre sans, des coupes individuelles, plus petites, plus grandes, de quelle qualité devrait être le vin et le jus de raisin, si c’est mieux de faire ainsi, ou comme cela, avant, après, oui mais, et si ….

Les VRAIES questions de départ, comme l’argent,  le manque à gagner car trop de personnes ne consomment plus d’alcool restent tues. Sans parler des trafiquants de drogues, qui ont soudain des milliers de consommateurs en moins…

Quand à la prostitution, et particulièrement à la prostitution enfantine … on parle parfois des prostitué(e)s mais pourquoi autant de passes? S’il y a des prostitué(e)s c’est qu’il y a des clients. D’eux on parle encore moins. Pourquoi aller aux prostitué(e)s?

Entre parenthèse, est-ce que c’était réellement très différent de « notre » Internet et de la prostitution et la traite en Europe de l’ouest et ailleurs de nos jours?

Ne pas supporter que des habitants des bidons-villes viennent dans une assemblée est aussi une vraie question. La première à poser.  Un chrétien ne devrait-il pas se réjouir de la venue dans son assemblée de toute personne? Et le voir sur un même plan que lui? Être ami avec lui, être proche de lui, comme avec n’importe quel autre chrétien?

Pourquoi l’arrivée dans l’église d’un habitant d’un bidon-ville dérange? Et même pas en provenance d’un bidon-ville mais une personne dérange parfois car elle vient d’une autre assemblée, d’une autre région, d’un autre milieu, parce qu’elle a une autre couleur de peau, une autre culture, une autre histoire …

Il y a eu dans certaines églises, une réelle distance entre les personnes, et parfois, il y a eu des groupes de chrétiens qui se sont distancé en entier de toutes les personnes non-conformes à leur … moule.

Moule, je crois que c’est le bon terme.

Les vraies questions sont si souvent laissées de coté et remplacées par des choses secondaires.

Parfois les principes deviennent plus importants que les personnes,  des questions comme vin ou jus de raisin deviennent plus importantes que les personnes, plus importantes que chaque personne …

Lorsqu’un objet, une tradition, un rituel, une « spiritualité », une philosophie, une habitude, un instrument de musique, des questions d’argent, de pouvoir, de titres, de prestige, etc, etc. deviennent plus importants qu’une personne, que chacun dans l’église, peut-on encore parler de chrétiens, de christianisme, d’église?

Comment nous regardent les non-chrétiens? Voient-ils en nous des chrétiens? Et Dieu?

Et Dieu …

Béréenne attitude

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