1890 soupe, salut, savon

L’Armée du Salut avait jusqu’à présent fourni des secours aux londoniens au travers de ses 12 dépôts de nourriture, de ses 16 abris de nuit et de ses 13 refuges pour femmes. Elle  distribuait aussi des vêtements, et possédait une assurance-vie et une caisse d’épargne. C’était avant la parution du livre de ses responsable.

Toujours en 1890, L’Armée du Salut recommence de distribuer la soupe populaire, après une remise en question de ses buts réels.

Faut-il apporter un salut spirituel ou matériel? Les deux ensemble?

De très nombreux chrétiens de nos jours et dans l’histoire ont été amenés à se poser cette question. Apporter des secours et même un travail, etc, sans forcement apporter L’Évangile? Ou apporter l’Évangile uniquement et le changement des coeurs aura des répercutions dans d’autres domaines?

Qu’est-ce que l’Évangile exactement? Devient-on chrétien par éducation? Par tradition? Traditions qui, entre parenthèse, n’apportent pas forcement l’Évangile. (Voir par exemple, le premier article sur l’histoire de l’Armée du Salut)

La préoccupation première de William et Catherine Booth avait été le salut spirituel, c’est à dire, apporter le ciel (le salut en Jésus) et sauver de l’enfer (du jugement, de la mort, de l’aveuglement « du monde »)  le plus de personnes possibles.

William avait pour cela poursuivi des études théologiques de pasteur méthodiste et ses premiers pas l’avaient conduit immédiatement dans les bidons-villes, avant même de commencer ses études. Et c’est devant la réalité matérielle, sociale, de son « auditoire », qu’il avait été interpellé par les conditions de vie de ces derniers.  Bien que selon ses écrits, il a premièrement pourvu à quelques besoins matériels, dans le but d’apporter l’Évangile.

A l’inverse, sans Dieu, est-ce que réellement, chacun se préoccupe du sort de son prochain? Apporter toit et nourriture change-t-il les coeurs? Cela ne rend-il pas souvent dépendant de ceux qui aident? Et cela n’apporte pas forcement des coeurs justes, honnêtes et bons. Certains ont revendu dans l’histoire, la nourriture destinée aux pauvres, ou bien l’ont mangée! Si, si! Et cela n’arrive pas que dans l’histoire.

D’autres se servent dans les magasins de deuxièmes mains, alors qu’ils ont largement la possibilité d’acheter des vêtements neufs et même d’en acheter pour d’autres. Bien qu’ils financent au passage, les dits magasins.

Cette même année, William Booth  écrit un livre en collaboration avec Francis S. Smith et William Thomas Stead: « In Darkest England and The Way Out ». La traduction en français est environ: « Dans les ténèbres d’Angleterre et le chemin pour en sortir ». Ce livre deviendra rapidement un best-seller, il sera résumé par tous en trois mots: soupe, salut, savon.

Le salut est donc autant celui du corps que celui de l’âme. C’est certainement ce qui a été le particularisme de L’Armée du Salut, et même sa force. Bien qu’à tous les réveils, dans l’histoire, beaucoup se sont aussi préoccupés du quotidien de chacun. Généralement, 3 courants se sont dessiné à presque tous les siècles, lors des réveils:  penser à apporter à tous, soin, nourriture et vêtement (et santé, et éducation, en premier lettrisme et hygiène),  penser uniquement aux âmes, et un courant un peu entre deux.

Le christianisme en lui-même a pour fondement la VIE et donc la nourriture en suffisance pour chacun, la bonne santé, le repos, etc, etc. Qui va avec prendre soin de soi, et donc ne pas se détruire par l’alcool et la débauche et avec soi-même, d’autres.

L’antichrist, par contre, l’adversaire et accusateur des chrétiens a pour fondement la MORT et donc tout ce qui peut entrainer un « moins bon fonctionnement » de nos corps.

L’Armée du Salut nourrissait d’une bonne nourriture et le corps et l’âme. Nourrissait, le verbe est conjugué au passé, car passablement de responsables salariés ou bénévoles de nos jours, ne sont pas chrétiens. (Ne croient pas au salut en Jésus).

Les générations suivantes ont souvent choisi de premièrement prendre soin du corps uniquement,  sans se préoccuper du salut de chacun. Peut-on réellement sortir d’un bidon-ville, sortir de la rue, uniquement par des soins apportés au corps?

Que sont devenus ceux qui ont été touchés par les prédications des uns ou des autres?

Et les prédicateurs eux-mêmes?

Actuellement, les secours se font beaucoup dans l’urgence, l’Armée du Salut est souvent démunie pour que chacun trouve un travail décent, un logement décent, etc, etc, afin que chacun soit réhabilité en totalité et que personne ne reste « en marge de la société » par sa pauvreté ou d’autres choses.

L’Armée du Salut est par ailleurs toujours plus démunie devant un changement de mentalité en profondeur, un changement des coeurs car il n’est plus demandé aux responsables d’être chrétiens.

Alors que ces dernières années, dans « nos » pays riches, les pauvres sont toujours plus nombreux.

Les grandes villes des USA interdisent de nos jours les distributions de nourriture aux plus pauvres. Ce qui se fait aux USA, arrive tôt ou tard en Europe. Nous avons certainement connaissance aussi, des nouvelles « chicanes » aménagées dans différentes grandes villes du monde, pour empêcher les sans abri de s’allonger sur les bancs publics et autres murs, « mode » commencée dans les années 1960, aux USA. (Voir l’article de ce blog sur les différentes astuces du mobiliers urbains actuels)

Pour revenir au livre résumé par « soupe, salut, savon », cette année là, beaucoup d’anglais découvrirent avec surprise une réalité qu’ils n’imaginaient pas, et à deux pas de chez eux. Ce livre donnait des statistiques sur les bidons-villes d’Angleterre et expliquait que de très nombreuses personnes y survivaient sans emploi, sans nourriture et sans toit. Le livre parlait d’abri, pas même de logement.

Devenu très rapidement un best-seller, de très nombreux londoniens le liront et dès lors, des dons substantiels arriveront à L’Armée du Salut.

1891

William Booth achète à Londres différentes usines qui fourniront du travail à 2700 personnes. Il équipe l’une d’elle pour produire des allumettes sans mettre en danger la santé des travailleurs. Leurs boites porteront l’inscription: « Lights in Darkest England » (Lumières dans les ténèbres d’Angleterre). William Booth avait constaté que les ouvriers travaillant dans la fabrication d’allumettes souffraient de nécrose et de maux de tête. Certaines femmes étaient déjà chauves à l’age de 15 ans. (Les enfants commençaient à travailler depuis très petits dans toute l’Europe occidentale). Les employés seront aussi mieux rémunérés que dans d’autres entreprises, et les enfants interdits pour les manipulations dangereuses. Le temps de travail, habituellement de 14 heures par jour et parfois plus, dans les usines d’Angleterre s’abaissera aussi petit à petit.  L’initiative de William Booth fera boule de neige,  le public au courant choisira d’acheter les allumettes de l’Armée du Salut et fera pression sur les usines concurrentes, qui créeront des conditions de travail plus respectueuses de la santé des employés et du travail des enfants.

1896

Cette année là, l’Armée du Salut procure 12’000 emplois à des adultes, distribue 3,2 millions de repas, et offre 1,3 millions de nuitées.

L’ensemble des services proposés était payant, mais le prix était dérisoire. Dans les centres d’accueil pour femmes par exemple, une tasse de thé avec une tartine coutait 1 penny.  Toute petite somme que les femmes gagnaient en faisant de la couture et d’autres activités.

Les premiers abris de nuit de l’Armée du Salut étaient des bancs pour s’asseoir dans des locaux chauffés. Puis des dortoirs ont été créés, et des lieux toujours plus confortables. Petit à petit, passablement de personnes auront un emploi fixe, donc un salaire et la possibilité d’avoir un réel logement. Toujours plus de personnes sortiront de la précarité et parmi elles, beaucoup deviendront chrétiennes.

1900

L’Armée du Salut a maintenant son propre marché du travail à Londres. La priorité est donnée aux plus pauvres et aux pères de famille. Un père qui travaille nourrit ses enfants.

salvation-army-booth

L’action sociale de l’Armée du Salut aura un impact sur le gouvernement de la Grande-Bretagne même, amenant différentes lois envers les habitants des bidons-villes.

L’age légal du « consentement » des filles (lutte contre la pédophilie)

La première loi suscitée par ce mouvement avait fait remonter l’âge légal de la prostitution de 13 à 16 ans. C’était en 1885 avant la parution du livre, résumé par « soupe, salut, savon », lorsque l’Armée du Salut était encore très peu (re)connue.

Dans le cadre d’une campagne contre la traite des blanches, Pall Mall,  publia une série d’articles dans la Gazette londonienne, sur la possibilité pour les parents de vendre leurs enfants à des fins de prostitution dès l’age de 13 ans, en Angleterre. Bien que le journaliste d’investigation ait été controversé, ses articles avaient suscité un large tollé parmi les lecteurs. Catherine et William Booth avaient alors recueilli 393’000 signatures en 17 jours et envoyé une pétition à la Chambre des communes de Londres. Le Parlement avait modifié la même année la loi du droit pénal,  portant l’âge légal du consentement des filles de 13 à 16 ans.

Concrètement, les prostituées (et les épouses) devaient être âgées de plus de 16 ans. Avant cet âge, elles seront encore considérées comme non-consentantes et leurs parents ne pourront ni les marier ni les vendre.

Ce qui signifie en même temps, qu’à partir de 16 ans, une fille était de toute façon consentante! Lorsqu’elle était mariée, elle est consentante car elle avait 16 ans. Point. Dans la mentalité et le vocabulaire passablement tordu de l’époque …

La même loi était en vigueur pour les filles vendues à la prostitution par leur parent. Dès qu’elles avaient 16 ans, les jeunes filles devenaient de toute façon « consentantes »… toujours dans le vocabulaire hypocrite de  cette époque …

En France, jusqu’en 1896, les parents avaient tous les droits à propos du mariage de leur fille (et garçon), jusqu’à ce qu’ils aient l’age matrimonial, environ 20 ans. Comme les parents mariaient régulièrement leurs filles avant 20 ans, lorsqu’elles atteignaient cette majorité, elles avaient déjà plusieurs enfants, un mari, et la quasi impossibilité de divorcer.

Il existait en même temps l’age nubile (la nubilité). Il correspondait à l’age de la (pré) puberté, c’est à dire à la possibilité d’accoucher.

L’institution catholique romaine en France, fixait le « consentement » des filles à leur age pré-pubère: 12 ans. A partir de 1917, l’age nubile des filles a passé de 12 à 14 ans en France. (Canon numéro 1083 dans sa rédaction du 23 janvier 1983. Canon qui n’a pas été modifié depuis).

En Inde,  les anglais avaient établi un « âge de consentement » pour les filles: 10 ans. Il était considéré que les filles pouvaient accoucher à cet age…

En Angleterre même, l’age nubile avait donc passé de 13 à 16 ans en 1885, suite à la pétition, dont il était question plus haut dans cet article. Les anglais feront passer 6 ans plus tard en Inde, « l’age du consentement des filles » de 10 à 12 ans, soit en 1891.

A la base, l’age nubile avait été « inventé » envers les esclaves.

En 1927,  l’âge minimum pour un premier mariage a été fixé en Inde à 14 ans pour les filles et à 18 pour les garçons. Le « Child Marriage Restraint » (Act 12).  Cette loi est entrée en vigueur en 1930 et elle a depuis été plus ou moins suivie et appliquée en Inde, selon les régions et les castes.

Dans d’autres pays du monde et de l’occident en particulier, les lois n’étaient pas très différentes.

La Reine d’Angleterre

Victoria ne donnera jamais un appui officiel aux activités de l’Armée du Salut. Par contre, elle enverra un message à Catherine Booth: «Sa Majesté apprend avec beaucoup de satisfaction que vous avez, avec d’autres membres de votre Société, été couronnée de succès dans vos efforts pour gagner plusieurs milliers de personnes à la tempérance, la vertu et la religion».

Elle écrivait cela en 1882,  avant la sortie du livre, « In Darkest England and The Way Out » (résumé par « soupe, salut, savon »)  et donc 8 ans avant aussi, les rentrées d’argent conséquentes qui avait permis de multiplier les actions de l’Armée du Salut. Elle parle de plusieurs milliers de personnes devenues abstinentes. De plusieurs milliers en quelques années seulement…

Lorsque Dieu suscite Lui un réveil, ses fruits sont évidents! Beaucoup de personnes deviennent chrétiennes et changent radicalement de mode de vie. Ce n’est plus l’oeuvre d’un homme mais réellement l’oeuvre de Dieu, tant cela a d’énormes et de bonnes répercussions sur la population mondiale en entier. (Voir les autres articles sur l’histoire de l’Armée du Salut)

La Reine avait encouragé l’Armée du Salut 4 ans avant la délégation accueillie à la Maison Blanche, par un premier président des USA.

Les autres chrétiens

Amener les personnes de la rue aux églises était au départ le but de Catherine William Booth: que le plus de personnes possibles soient sauvées et qu’elles se rendent dans les dénominations existantes.

A cette époque à Londres, une des plus grande église était Le Metropolitan Tabernacle. Elle pouvait premièrement accueillir 6000 personnes, 5000 assises et 1000 debout, et ce bâtiment était plein à craquer chaque dimanche dès 1861.  Ce lieu qui s’était déjà agrandi plusieurs fois dans l’histoire, s’agrandira encore.  Walter Thornbury écrit en 1897 dans  « Old and New London » que 10’000 personnes écoutaient chaque dimanche Charles Haddon Spurgeon, le prédicateur baptiste de cette assemblée.

Charles Haddon Spurgeon (1834-1892) écrira: «Cinq mille policiers supplémentaires n’auraient pas pu contribuer mieux que [l’Armée du Salut] à la répression de la criminalité et du désordre».

Je ne sais pas ce que ce dernier entend par « désordre »?  Globalement, l’Armée du Salut avait créé passablement de remous à son commencement! 🙂  N’a-t-elle pas parfois mis du désordre ici où là dans les habitudes établies? En premier dans les habitudes des églises méthodistes?

Pour la criminalité dont parle Charles Haddon Spurgeon, un bon travail, de la nourriture en abondance et un logement même luxueux ne transforment pas un coeur. La criminalité se voit moins dans les milieux aisés, elle est différente. Il y a habituellement aussi moins de lois pour lutter contre la corruption des plus riches.

L’Évangile change les coeurs en entier, et donc le comportement en entier. Peu importe le milieu, la statut social, les origines et l’érudition des personnes concernées.

Il s’est élevé beaucoup de critiques de la part de politiciens, de scientifiques, de journalistes, et de la part des églises méthodistes (Weslayan) et particulièrement de la part de l’église anglicane et de bien d’autres personnes, envers l’Armée du Salut,  y compris des calomnies principalement envers la famille Booth.

L’Armée du Salut, à la base, n’est pas « une sorte d’église », selon la définition de ce terme par les anglicans, les méthodistes et les baptistes (et de la part des protestants et des catholiques) et la représentation qu’ils en ont, mais officiellement une œuvre chrétienne indépendante (sans dénomination particulière). La définition que donne la Bible de l’Église est différente.

Plusieurs personnes aduleront William de son vivant, ainsi que son épouse Catherine. Elle avait elle, ouvert une route aux femmes en Angleterre, et dans plusieurs pays du monde. La Grande-Bretagne dans son ensemble ne donnait aucun droit aux femmes, qui avaient un statut proche de l’esclavage. Elles pouvaient en effet être vendues (en mariage ou non) par leurs parents, et même vendues par leur mari, elles ne pouvaient pas étudier, pas être propriétaire, ou encore avoir un compte en banque. Elles étaient en quelques sortes la propriété de leur mari (ou de leur « responsable »).

Ni Catherine ni William ne souhaitèrent être adulés. Ils souhaitaient que l’histoire mémorise le nom Jésus et non pas le leur.

Béréenne attitude

Publicités