En Europe occidentale, des curés étaient formés ‘sur le tas’ pour s’occuper du peuple.  Ils apprenaient les phrases nécessaires à dire la messe en latin puis étaient placés dans les villages catholiques.  Les évêques et les prêtres achetaient leur prêtrise comme on achèterait un fond de commerce et faisaient prospérer leur acquisition. A cette même époque, plusieurs moines étudiaient et copiaient La Bible dans le cadre de leur travail.

Description des Vaudois par ceux qui les dénoncent

L’inquisiteur dominicains Sacco Rainier (Rayneriuz), a écrit dans son livre vers 1255: De toutes ces sectes qui existent ou qui ont existé, il n’en est point d’aussi dangereuse à l’Eglise que celle des léonistes (autre nom des Vaudois), et cela pour trois raisons.

  • La première, parce qu’elle est la plus ancienne, puisque selon quelques-uns elle existe depuis le temps de Sylvestre, selon d’autres depuis le temps des apôtres.
  • La seconde raison, c’est qu’elle est la plus répandue; en effet, il n’est presque pas de pays où elle ne se trouve.
  • La troisième raison est celle-ci, que, pendant que toutes les autres sectes inspirent l’horreur à ceux qui les entendent, par la grandeur de leurs blasphèmes contre Dieu, celle des léonistes manifeste une grande apparence de religion, en ce que ceux qui en sont membres vivent justement devant les hommes, ont la vraie foi en Dieu, et qu’ils croient tous les articles du symbole [des apôtres].

Source: Livre de Rainier, de l’ordre des prêcheurs (dominicains), contre les hérétiques vaudois. Max. Biblioth., P. P., t. XXV, cap. V et VI, p. 264 et suiv.

Sylvestre (270-335) a siégé au Concile de Nicée de 325. Il était l’évêque de Rome du temps de l’empereur Constantin. Les Vaudois existent donc depuis les débuts de l’église.

Jacques-Auguste de Thou (1553-1617) (Paris) magistrat, historien, écrivain et homme politique écrit au livre 27 de son Histoire: « les Vaudois observent les dix Commandements de la Loi qui donnent la règle de vivre pieusement et saintement, ils ne donnent aucune entrée chez eux, ni en leurs assemblées à aucune sorte de méchanceté, ils ont en horreur, et détestent de tout leur coeur les serments illicites, les parjures, les mauvaises imprécations, les injures, les querelles, les séditions, les débauches, les ivrogneries, les paillardises, les devinements, les sacrilèges, les enchantements, les larcins, les usures, les prestiges et choses semblables« .

Claude de Seyssel (1450-1520) professeur de droit, conseillé des Rois et archevêque de Turin (Italie) traduit et écrit des livres. Son livre « Disputation contre les erreurs et sectes des Vaudois l’hérésie vaudoise »,  décrit leur comportement: « leur vie et leurs moeurs, ils ont été sans reproche parmi les hommes, s’adonnant de tout leur pouvoir à l’observation des Commandements de Dieu« .

La Bible

Les Cathares, les Vaudois, les Paterins, les Passignes,  les Josephistes, les Arnoldistes, etc, avaient des Bibles dans différentes langues courantes et compréhensibles de tous. Les lecteurs de la Bible ne se définissaient souvent pas eux-mêmes par ses différentes appellations. En fonction de leur région d’habitation, ils ont été affublés plusieurs fois de différents noms.

plan langues bible vernaculaire

Dans les années 1200, le clergé romain a essayé de comprendre ce qui attirait plusieurs personnes vers ces différents groupes, dans le but de les récupérer. Plusieurs catholiques romains ont pensé qu’en les imitant, ils pourraient en faire venir. Les dominicains se sont mis à s’habiller, à agir et à enseigner comme  les cathares et les franciscains ont repris les enseignements et l’apparence des vaudois, les groupes de lecteurs de la Bible des régions de l’Europe.

Puis il a été interdit petit à petit de se rassembler pour étudier La Bible. Des lois se mettront en place, premièrement en douceur. Puis le ton se durcit. Exemple :

  • Concile de Toulouse, 1229 Canon 14: Nous prohibons  qu’on permette aux laïques d’avoir des livres de l’ancien et du nouveau testament, à moins que quelqu’un ne désire, par dévotion, posséder un psautier ou un bréviaire pour le service divin, ou les heures de la bienheureuse Vierge. Mais nous leur défendons très rigoureusement d’avoir en langue vulgaire (en langue qui n’est pas le latin ou le grec, etc) même les livres ci-dessus. On détruira entièrement jusqu’aux maisons, aux plus humbles abris et même aux retraites souterraines des hommes convaincus de posséder les Écritures. On les poursuivra jusque dans les forêts et les antres de la terre. On punira sévèrement même quiconque leur donnera asile.

En français courant actuel: nous interdisons qu’on permette aux personnes qui ne font pas parties des responsables catholiques romains d’avoir la Bible. Entre parenthèse, la plupart des curés et autres responsables, ne connaissaient pas non plus le latin ou le grec, etc. Ils ne lisaient pas non plus la Bible dans une langue qu’ils connaissaient.

Le texte de l’inquisiteur Sacco Rainier (Rayneriuz) contre les Vaudois a été écrit environ 25 ans après ce canon qui interdit la Bible. Les canons sont des articles de loi.

Le protestantisme historique date des années 1517 et l’anglicanisme de 1534. Le concile de Trente, entre catholiques romains et protestants (sans les différents orthodoxes, les coptes, les éthiopiens, les anglicans, les vaudois, et d’autres) s’est déroulé de 1545 à 1563. Les catholiques et les protestants canoniseront la Bible, lors de ce conciles dans la ville de Trente, la Bible faisant foi pour le protestantisme.

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L’ensemble de tous les lecteurs de La Bible furent désignés hérétiques, peu importe leurs réelles croyances. Le but était d’obliger chacun à venir à l’institution catholique romaine, sans chercher à savoir si l’enseignement des différents groupes, ou même de l’un d’entre eux, pourrait être considéré comme fondé. Traduire La Bible dans une langue autre que le latin, et même avoir une Bible en latin fut soudain considéré comme un crime. Beaucoup passèrent devant les tribunaux de l’inquisition, furent emprisonnés, torturés, ou encore brûlés vivants pour avoir été trouvé avec une Bible. L’inquisition brûlait en même temps leurs Bibles et leurs autres écrits.

Le protestantisme historique, commencera 300 ans plus tard environ, dans les années 1515-1530. Par la suite, des états protestants seront instaurés.

Voir la confession de foi des Vaudois du Piémont (Italie) et leur listes de livres inspirés dans l’article de ce blog: Protestants avant les protestants: Confession de foi de 1120

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Beaucoup plus tard

600 ans après le début de l’inquisition de 1200, vers 1810, des étudiants en théologie se rassemblèrent pour lire la Bible à Genève en Suisse. L’académie de théologie protestante de Genève leur interdira de se rassembler pour étudier la Bible, en 1819! Beaucoup « d’apprentis pasteurs » seront mis à la porte de leur école, soit car ils lisaient la Bible à la maison, soit car ils croyaient « au Jésus de la Bible » et annonçaient l’évangile « du haut de la chair » le dimanche matin. Plusieurs connurent bien des difficultés. Cela se passait 300 ans après le début historique du protestantisme.

Vers 1865, donc 55 ans après les événements ci-dessus, l’Armée du Salut, fondée par William Booth et son épouse, connu des débuts très difficiles en Angleterre et d’autres chrétiens à cette époque.

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Les cafetiers se regroupèrent pour lutter contre les chrétiens de l’Armée du Salut. Ces « empêcheur de tourner en rond » sortaient les alcooliques des bistrots, ce qui produisaient un manque à gagner pour les tenanciers. Mais avant les restaurateurs, les différentes églises (néo)protestantes et (néo)anglicanes donnèrent beaucoup de fil à retordre au couple Booth et aux nouveaux chrétiens. Lorsque Catherine Booth, leur fille, vint en Suisse quelques années plus tard, elle reçu des pierres de la part de la population et passa quelques jours en prison pour avoir annoncé l’évangile. Aux USA, plusieurs chrétiens furent emprisonnés. D’autres y donnèrent leur vie.

Les événements de Genève et l’Armée du Salut sont deux exemples parmi d’autres événements  et d’autres groupes de chrétiens dans l’histoire. Un article de ce blog parle plus en détail des années 1800 dans le protestantisme: « Genève, être protestant, et après?` »  (Lire aussi les articles de ce blog sur l’histoire de l’Armée du salut).

Les Cathares (le catharisme)

En retournant des siècles en arrières,  les cathares sont mentionnés ainsi dans le Concile de Nicée, qui s’est déroulé en l’an 325:

  • « Au sujet des clercs de ceux qui s’appellent eux-mêmes les cathares, le grand concile décide (…) celui qui a été décoré du titre d’évêque par les cathares n’aura droit qu’aux honneurs réservés aux prêtres, à moins que l’évêque ne trouve bon de le laisser jouir de l’honneur du titre; s’il ne le veut pas, qu’il lui donne une place de chorévêque ou de prêtre, afin qu’il paraisse faire réellement partie du clergé, sans qu’il y ait deux évêques dans une ville« .

Source: Les 20 canons des 318 pères, saints et inspirés de Dieu, qui se réunirent à Nicée sous Constantin le Grand sous le consulat des illustrissimes Paulin et Julien, en l’an 536 de l’ère d’Alexandre, en 325, selon notre calendrier actuel.

C’est le premier concile convoqué par un empereur: Constantin. Les cathares étaient présents dans passablement de régions et notamment dans la ville d’Albi, dont les habitants étaient les albigeois, au sud-ouest de la France actuelle. Des siècles plus tard, dans les années 1200, l’est de la France était alors sous domination Germanique et le centre et une grande partie de l’ouest sous domination britannique (anglo-saxonne) l’empire d’Angevin, appelés les fiefs de Plantagenêts, en bleu sur la carte suivante.

Carte du centre de l’Europe, peu avant 1200

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Albi faisait partie du compté de Toulouse, au coté de Carcassonne, en jaune sur la carte précédente: les fiefs mouvant de la couronne, c’est à dire, les régions parfois dominées par l’un ou l’autre roi Capétien.

Une croisade contre les Albigeois fut proclamée par l’Église catholique à partir de 1208. Cette guerre avait commencé entre les Seigneurs de cette région et de façon plus générale, entre différents grands groupes, le compté de Toulouse s’étant parfois étendu jusqu’à Barcelone, en Espagne actuelle, la Catalogne. Cette région a été divisée, conquise et reconquise et a porté dans l’histoire différents autres noms.

En 1226, une grande partie de ce territoire sera conquise par les Rois Capétiens (la zone en rouge)  Appuyée par l’inquisition des évêques de la région, cette guerre exterminera les cathares. Le Concile de Toulouse, qui interdira d’être en possession d’une Bible, date de 1229. Plusieurs cathares se réfugieront à Lérida, de l’autre coté de la chaine de montagne des Pyrénées.

Lerida

france espagne carte pyrénées

 

5 ans plus tard, en 1234,  le Canon 2 du Concile de la ville de Tarragone (Espagne actuelle) promulguera:

  • Nous avons arrêté que personne ne doit posséder les livres de l’ancien et du nouveau testament en langue romane et si quelqu’un les possède, qu’il les livre, dans les huit jours après la promulgation de ce décret, à l’évêque du lieu, pour qu’ils soient brûlés ; faute de quoi, qu’il soit clerc ou laïque, il sera tenu pour suspect d’hérésie jusqu’à ce qu’il soit lavé de tout soupçon.

Si les vaudois existe depuis Sylvestre, et certainement même depuis les apôtres, les cathares sont mentionnés dans le concile de Nicée de 325. Très peu d’informations nous sont parvenues à leur sujet, particulièrement avant 1200.

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Traces connues du catharisme

  1. Un Nouveau Testament en occitan de Lyon, (langue qui n’était pas celle des albigeois) qui est le même que ‘le nôtre’ a été épargné et conservé. Il est une traduction conforme de La Vulgate de ces époques. Il est possible de le voir au Musée des Beaux-Arts de Lyon.
  2.  Une lettre adressée aux cathares, de la part d’une personne qui n’est pas elle-même représentative de la pensée cathare
  3.  Quelques phrases ici et là dans certains livres sur d’autres sujets, informations qui  permettent de se faire une première idée du mode de vie cathare
  4.  Les procès de l’inquisition, dont le public sait une unique chose : les cathares ne souhaitaient pas mentir et l’inquisition en a largement profité pour les ‘cuisiner’.
  5. Un  texte sur le « rituel cathare »

La lettre n’est pas représentative de la pensée cathare. Les enseignements dominicains étaient certainement plus proches de ceux des cathares, puisque les dominicains  imitaient les cathares. Le Nouveau Testament qui a échappé aux flammes pourrait avoir fait partie d’un ensemble comprenant l’Ancien et le Nouveau Testament en plusieurs volumes.  A ces époques, les Bibles étaient très grandes.

A ma connaissance, le texte du « rituel cathare » a été rendu public très récemment  et pour l’instant, je ne l’ai pas trouvé traduit en français. En le parcourant, il est visible que l’ensemble du texte est une presque compilation de versets bibliques. Les mots Père, Fils et Saint-Esprit reviennent souvent, Marie par contre, n’y est pas associée.

Les Vaudois (le valdéisme)

Les Vaudois de Piémont existaient avant Pierre Valdo. Les Vaudois de Piémont produisirent divers actes en langue Vaudoise en 1100 et 1120. Pierre, appelé par la suite Pierre Valdo, fut chassé de Lyon, après 1175 il se retira d’ailleurs en Flandres et non pas au Piémont. 70 ou 75 ans après les divers textes de l’église vaudoise.

Les lecteurs de la Bible se cachèrent dans différentes chaines de montagnes d’Europe où ils furent poursuivis et tués en grand nombre. Ils ont néanmoins préservé quelques Bibles. En Suisse, nous avons découverts récemment, qu’avant la réforme déjà, beaucoup de paysans avaient une Bible, qu’ils cachaient précieusement et se transmettaient de père en fils. En Italie, le pasteur actuel de l’église Vaudoise du Piémont, Georges Tourn, a écrit un livre sur leur histoire:  Pierre Valdo et les Vaudois. Ce livre explique le cheminement géographique, la fuite, les arrestations et les meurtres de plusieurs centaines de Vaudois, et exterminés avec eux,  quelques propriétaires fidèles au catholicisme mais possédant quelques richesses. Les Vaudois étaient-ils très différents des cathares et des autres groupes des « gens du livre », les lecteurs de la Bible des autres pays d’Europe et d’ailleurs?

Aujourd’hui

Le 22 juin 2015,  une délégation de l’église catholique romaine s’est déplacée à Turin, la capitale du Piémont en Italie, vallée montagneuse et refuge de nombreux vaudois dans l’histoire. Le pape actuel en personne a demandé pardon aux églises vaudoises « pour les attitudes et le comportement non-chrétien, carrément non-humain, que dans l’histoire nous (les catholiques) avons eu contre vous (les vaudois) » en reprenant aux mots à mots les termes de la traduction française officielle, à partir de l’italien.

Voir la confession de foi des Vaudois du Piémont (Italie) et leur listes de livres inspirés dans l’article de ce blog: Protestants avant les protestants: Confession de foi de 1120

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Béréenne attitude


Note: la pensée cathare, imitée par les dominicains

Frères mineurs ou franciscains, à la catégorie des ordres mendiants (…) (Dominique) s’est donné pour mission l’apostolat (NDLR : prêcher l’évangile) et la contemplation (NDLR : communion avec Dieu ou recherche de la Paix en soi-même ou en dehors de soi ). Sa devise est Veritas (la vérité).  D’autres devises lui ont aussi été assignées, par exemple: « annoncer ce que nous avons contemplé » (contemplata aliis tradere), reprise de saint Thomas d’Aquin, ou encore « louer, bénir, prêcher » qui est une formule liturgique. (Wikipédia) Se faire pauvre, prêcher,  dire la vérité (ne pas mentir), bénir les malades et chacun, sont les ‘actions’ connues des cathares, ainsi qu’étudier. Ils allaient à l’encontre de ce que pratiquait le catholicisme.

L’ordre des Dominicains a été fondé en 1215 par saint Dominique, de qui il prit ce nom (le nom officiel est Frères prêcheurs), et confirmé en 1216 par Honorius III. Dès l’origine, l’ordre se donna une constitution démocratique et orienta son apostolat vers la prédication. Ce que faisaient les différents groupes de lecteurs de la Bible, les « gens du livre »: annoncer l’évangile.  D’où l’importance très vite donnée à la science religieuse et aux études universitaires. Répandus, dès la fin 13ème siècle dans toute l’Europe (on compte 600 couvents en 1300), les dominicains ont fourni à l’Église quelques-uns de ses plus grands docteurs, dont saint Thomas d’Aquin. Leur zèle convertisseur les fit désigner par les papes comme responsables et animateurs de l’Inquisition. Supprimés en France, où on les appelait jacobins, en 1792, les dominicains y furent reconstitués en 1839 par Lacordaire. (Larousse.fr)

Sources :

  1. Abrégé de l’histoire des Vaudois, du protestant Pierre Boyer, est disponible gratuitement en googlebook à cette adresse 
  2. Pierre Valdo et le Vaudois
  3. Le livre du pasteur actuel de l’Eglise Vaudoise du Piémont  (en Italie)  Georges Tourn:  Pierre Valdo et les Vaudois.
  4. Les premiers conciles : les cathares
  5. Les livres : d’Anne Brenon
  6. Le chrétien primitif: anecdote provençale
  7. Voir la confession de foi des Vaudois du Piémont (Italie) et leur listes de livres inspirés dans l’article de ce blog: Protestants avant les protestants: Confession de foi de 1120
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