Marvin Snurdly est un conseiller matrimonial renommé dans le monde. En 20 ans de carrière, il a conseillé des milliers de couples.

Cent ans passent, et Marvin Snurdly repose maintenant paisiblement dans sa tombe. Son arrière-petit-fils, Fielding Melish, décide de rassembler la correspondance de son arrière-grand-père qui a duré de 1980 à 2000. Mais Fielding ne retrouve que 13 des lettres: 9 concernent des couples et 4 une personne unique, l’un des conjoints d’un couple en difficluté.

Marvin Snurdly avait pour habitude de ne jamais dater ses lettres. D’autre part, les lettres ne dépeignent qu’une moitié des échanges car aucune lettre en provenance des couples en difficultés n’a été retrouvée. La seule manière de comprendre le contexte des lettres est de reconstituer la situation matrimoniale de chaque couple, au travers de la réponse apportée par le conseillé matrimonial. Par exemple, en 1985, il a répondu à une lettre de Paul et de Sally, de Virginie aux États-Unis. Ils éprouvaient des problèmes sexuels tôt dans leur mariage. En 1990, Marvin Snurdly a répondu à Jethro et Matilda, d’Australie, qui avaient des problèmes avec leurs enfants. En 1995, il a répondu à la lettre d’une épouse du Mexique, qui vivait une crise de remise en question.

Notez bien, 20 ans, 13 lettres, écrites à des personnes différentes, à des moments différents, à des couples de culture différente, éprouvant des problèmes différents.

Le désir de son arrière-petit-fils est maintenant de mettre ces 13 lettres dans un ordre chronologique. Mais sans dates, il ne peut pas le faire. Ainsi Fielding les met dans l’ordre décroissant en fonction de leur longueur. La plus longue lettre vient en premier, la plus courte en dernier. La collection est imprimée et devient un best-seller.

Les Oeuvres de Marvin Snurdly compilée par son arrière-petit-fils passe l’épreuve du temps. 300 ans plus tard, ce livre est toujours populaire. Il est traduit en des douzaines de langues. Les conseillers matrimoniaux le citent à gauche et à droite et les universités l’utilisent dans leurs cours de sociologie. Pour faciliter la tâche à ceux qui s’y réfèrent, quelqu’un a une idée lumineuse pour retrouver plus rapidement les citations tirées de ce volume. Quelle est cette idée lumineuse ? Diviser les lettres de Marvin Snurdly en chapitres et phrases numérotées. (…)Différents sociologues écrivent maintenant sur le mariage et la famille. Leur source principale? La Collection des Oeuvres de Marvin Snurdly. Prenez n’importe quel livre du 24ième siècle au sujet du mariage, vous trouverez des références aux lettres en question.

Cela ressemble habituellement à ceci: dans une analyse particulière, une citation à l’intérieur de la lettre de Marvin Snurdly écrite à Paul et à Sally, et une citation de la lettre écrite à Jethro et à Matilda et une 3ème d’une autre lettre seront mises en évidence. Les 3 citations seront comme cousues ensemble et un auteur ou un autre s’appuiera sur ce patchwork pour établir sa philosophie matrimoniale. Pratiquement chaque sociologue et thérapeute matrimonial qui écrit un livre sur le mariage agit de la même manière. Pourtant l’ironie est ici: chacun de ces auteurs contredit copieusement les autres. Pourtant, ils ont tous la même source!

Les lettres de Marvin ont été transformées en prose froide alors qu’elles étaient vivantes à l’origine, s’adressant à de vraies personnes dans de réelles situations. Elles sont devenues comme une arme entre les mains de plusieurs hommes. Quelques auteurs se saisissent maintenant de [citations] isolées, pour marteler ceux qui étaient en désaccord avec leur philosophie matrimoniale personnelle.

Comment en est-on arrivé là?

Comment tous ces professionnels peuvent-ils autant se contredire en utilisant exactement la même source ! ? Car les lettres ont été prélevées de leur contexte historique (Ndlr: et souvent même littéraire) de leur ordre chronologique, et extirpées de leur contexte originel.

Les lettres de Marvin Snurdly sont devenues des listes de phrases isolées, disjointes, elles ont été réduites en fragments. Ce qui permet à n’importe qui de prélever une phrase dans l’une des lettres, et une autre ailleurs dans une autre lettre, de les coller ensemble et d’ainsi créer la philosophie matrimoniale de son choix.

Une histoire étonnante? Que vous le réalisiez ou pas, j’ai simplement décrit votre Nouveau Testament!

L’ordre des lettres de Paul

Votre Nouveau Testament se compose en grande partie de lettres écrites par Paul, c’est à dire, les deux tiers. Paul a écrit 13 lettres en l’espace de 20 ans: 9 lettres à des groupes de chrétiens de différentes cultures, à différents moments, éprouvants des problèmes différents, et 4 à différents individus qui traitaient également différentes situations, à différents moments.

En résumé, 20 ans, 13 lettres écrites à différentes églises, à différents moments, à des chrétiens de cultures différentes, éprouvant des problèmes différents.

Au début du deuxième siècle, (vers 100 et des poussières) quelqu’un a pris les lettres de Paul et les a compilées dans un unique volume. Le terme technique est «canoniser». Les érudits se réfèrent à ce volume compilé comme «canon Paulinien». C’est essentiellement votre Nouveau Testament après les 4 Évangiles et les Actes, avec l’Apocalypse pour terminer. (…) Au 2ème siècle, les dates n’avaient pas d’importance car la littérature gréco-romaine classait ses écrits selon la longueur des textes.

Regardez la classification de votre Nouveau Testament. Qu’y trouvez-vous? La plus longue lettre de Paul apparaît d’abord: Romains, puis 1 Corinthiens qui est à peine plus courte, c’est l’unique raison de sa position. Votre Nouveau Testament suit ce modèle jusqu’au minuscule livre à Philémon.

(…) Selon la meilleure source disponible, voici l’ordre dans lequel les lettres ont réellement été écrites (12) :

Galates
1 Thessaloniciens
2 Thessaloniniens
1 Corinthiens
2 Corinthiens
Romains
Colossiens
Philémon
Éphésiens
Philippiens
1 Timothée
Tite
2 Timothée

Chapitres et versets

En 1227, un enseignant de l’université de Paris, Stephen Langton, divisa les livres du Nouveau Testament en chapitres. En 1551, l’imprimeur Robert Stephanus, numérota les phrases de tous les livres du Nouveau Testament. (Elles devinrent des versets)

(…) Depuis, le peuple de Dieu approche le Nouveau Testament avec des ciseaux et de la colle, copiant et collant des phrases isolées et disjointes de différentes lettres, les prélevant de leur emplacement réel pour prouver des « doctrines flottantes », tout en affirmant qu’elles sont «Parole de Dieu».

Cette approche, plus ou moins réchauffée depuis, a survécu dans nos séminaires, églises, universités ou études biblique et (tragiquement) dans nos églises de maison d’aujourd’hui. La plupart des chrétiens sont complètement hors de contact avec l’arrière plan culturel, social, et historique, des lettres du Nouveau Testament. Ce dernier a été transformé en manuel pour prouver un point de vue ou un autre. Le découpage de la Bible en fragments rend cette pratique particulièrement facile.

Comment approchons-nous le Nouveau Testament?

Généralement, 7 méthodes sont différenciées. Vous pourrez certainement cocher avec un crayon plusieurs des points ci-dessous, découvrant qu’ils s’appliquent aussi à vous:

1.Vous recherchez les versets qui vous inspirent. Lorsque vous les trouvez, vous les accentuez, les apprenez par coeur, les méditez un moment ou les mettez sur la porte de votre réfrigérateur.

2.Vous recherchez les versets qui indiquent ce que Dieu a promis, de sorte que vous puissiez le confesser dans la foi et obliger le Seigneur à faire ce que vous voulez. (Si vous faites partie du mouvement de «nommez-le, réclamez-le», «parlez-en, saisissez-le» vous êtes passé maître dans cet art.)

3.Vous recherchez les versets qui indiquent ce que Dieu vous ordonne de faire.

4.Vous recherchez les versets que vous pouvez citer pour effrayer le diable ou lui résister dans l’heure de la tentation.

5.Vous recherchez les versets qui étayeront votre doctrine particulière de sorte que vous puissiez enrubanner votre co-religionnaire théologique de copier-coller bibliques. (…) une vaste majorité de chrétiens se comportent comme si la seule citation d’un certain verset des Écritures pouvait clore toutes discussions sur pratiquement tous les sujets.)

6.Vous recherchez des versets dans la Bible pour reprendre et/ou en corriger d’autres.

7.Si vous êtes un prédicateur, vous recherchez les verset qui «prêchent» bien pour le sermon du dimanche matin prochain. (C’est une habitude pour les prédicateurs. Elle est tellement enracinée que bon nombre d’entre eux sont incapables de lire leur Bible autrement que pour glaner du matériel de sermon.)

Après avoir regardé la liste ci-dessus, est-ce que vous pensez vous reconnaitre dans une méthode ou une autre?

(NDLR, à mes yeux, tout n’est pas à supprimer. Ce n’est la plupart du temps pas ou SOIT ou SOIT mais ensemble, en plus. Une méthode + une autre méthode + encore une autre méthode, le but n’étant pas de rester « coincés » uniquement dans l’une d’entre elles et par là même de tourner en rond dans UNE petite partie de la Bible et la rendre lettre morte. Être édifié, c’est grandir par plusieurs « découvertes », (par plusieurs paroles VIVANTES) chacune étant une pierre posée sur le fondement: Jésus-Christ, car nous grandissons tous individuellement, nous grandissons aussi tous collectivement et vis-versa)

Remarquez comment chacune de ces approches est fortement individualiste. Toutes vous placent, vous, le chrétien individuel, au centre. Chaque approche ignore le fait que la majeure partie du Nouveau Testament a été écrite à des congrégations de personnes (églises), et non pas à des individus. (…) Elles traitent le Nouveau Testament comme un manuel et nous aveugle sur son vrai message.

(…) J’appelle cette méthode d’étude du Nouveau Testament, l’«approche presse-papier». Si vous connaissez les ordinateurs, vous connaissez la fonction appelée «presse-papiers». Elle permet de couper et coller des morceaux de texte, en reprenant une phrase d’un document pour la placer à l’intérieur d’un autre document.

Les pasteurs, les séminaristes, et même les chrétiens lambdas, ont été conditionnés par « l’approche presse-papier » pour étudier la Bible. Voici comment nous justifions notre vision humaine, systématisés selon les règles de la logique aristotélicienne (NDLR Les auteurs sont en train de dire, que cette méthode de lecture de la Bible est philosophique … ceci juste en passant … ) en la faisant passer pour «biblique». C’est pourquoi nous passons à côté de ce que l’église primitive était toutes les fois que nous ouvrons notre Nouveau Testament. Nous voyons des versets. Nous ne voyons pas la totalité de l’évangile, l’image en entier.

 

(NDLR: autres extraits de ce même texte basé sur un message du 29 juillet 2000 à l’université d’Oglethorpe à Atlanta, en Géorgie, aux USA)

La preuve-texte

La manière de lire la Bible la plus utilisée parmi les chrétiens modernes s’appelle la «preuve-texte». Son origine remonte aux années 1590-1600. Un groupe d’hommes, appelés Protestants Scholastiques, a pris les enseignements des réformateurs et les a systématisés selon les règles de la logique aristotélicienne.(Ndlr, comme mentionné plus haut, selon les règles de la logique d’Aristote et non pas selon les apôtres et la logique biblique de façon générale)

La Scholastique protestante (NDLR: d’une petite partie des réformateurs) soutenait que non seulement les Écritures sont la Parole de Dieu, mais que chaque partie de la Bible est la Parole de Dieu d’elle-même et en elle-même, peu importe le contexte. La porte est grande ouverte à ceci: l’idée apportée par un unique verset prélevé n’importe où dans la Bible demeure vraie intrinsèquement (NDLR: est valable en toutes circonstances et toujours et pour tous et partout). Cette idée (tirée à partir d’un unique verset) peut être employée pour prouver une doctrine ou une pratique.

La preuve-texte

Elle est la manière dont nous les chrétiens modernes approchons la Bible. Elle est (était) enseign(é)e dans chaque école et séminaire protestants. En conséquence, nous les chrétiens, ne voyons que rarement si ce n’est jamais le Nouveau Testament dans son ensemble.

Il nous est servi un plat de pensées réduites en fragments, réunies au moyen de la logique humaine. Le fruit de cette approche est une dérive qui nous a menée bien loin de la pratique de l’église du Nouveau Testament. Pourtant nous croyons toujours que nous sommes bibliques.

 

Un remède pratique

(…) Nous devons abandonner cette mentalité entière, prendre du recul, et jeter un coup d’oeil frais dans les Écritures. Nous devons réapprendre la totalité du déroulement du commencement jusqu’à la fin. Nous devons apprendre à regarder le Nouveau Testament panoramiquent, pas au microscope.

F.F. Bruce, un des plus grands auteurs de notre temps, fait un rapport impressionnant. Il dit que lire les lettres de Paul, c’est comme écouter la moitié d’une conversation téléphonique. Les avancées dans la recherche biblique des dernières années permettent de reconstruire la saga entière de l’église primitive. Avec reconnaissance, nous pouvons maintenant entendre l’autre côté de la conversation !  (Ndlr, c’est à dire, imaginer les lettres que les premiers chrétiens écrivaient à Paul)

Apprendre l’histoire de l’église primitive annule pour toujours la fièvre de l’approche presse-papiers au Nouveau Testament. Cela mettra en évidence les principes spirituels conformes à tout le Nouveau Testament qui sont en Dieu lui-même. Nous manquons radicalement à ces principes par notre approche de la Bible.

(Ndlr, ceux qui ont commencé par lire la Bible, avant de se rendre dans une église, n’ont généralement pas ce travers)

Quand vous apprenez l’histoire, vos versets se marient et se plient à elle. Plus jamais vous ne pourrez prendre un verset hors de son contexte et dire: « regarde, nous sommes censés faire ceci ».

Plusieurs des versets que nous chrétiens retirons par habitude de la Bible perdront leur signification. Vous serez renversés parce que vous comprendrez l’image en entier, l’image derrière chaque petite partie de la Bible.

Défi final

Quelqu’un a dit, «Il n’est peut-être rien de pire que d’atteindre le haut de l’échelle pour découvrir que vous êtes sur le mauvais mur». Après la relecture de la Bible entière, vous devriez pouvoir vous identifier à cette citation. À cet égard, je finirai en lançant un défi qui transformera directement au coeur.

Vous aviez appris que les pratiques en matière d’église que vous aviez silencieusement supposées être bibliques étaient en fait non scripturaires. Vous avez découvert l’origine de ces pratiques. Vous savez qu’elles n’ont pas une origine divine mais humaine, même païenne. Et vous savez qu’elles contrecarrent l’intention finale de Dieu pour son Église. Vous vous êtes également rendu compte que vous étiez désespérément dépendant de ces traditions. Même conditionnés par elles.(…) (NDLR: référence aux origines païennes de plusieurs traditions dites chrétiennes)

« Depuis les 50 ou 100 dernières années les recherches sur le Nouveau Testament ont élucidé ce qui était connue comme « Ecclésia » dans le Christianisme primitif, très différent de ce qui s’appelle aujourd’hui l’église dans les camps romains et protestants… Cette approche, qu’une étude impartiale du Nouveau Testament et le besoin criant de l’Église nous ont aidés à réaliser que l’«Ecclésia», du Nouveau Testament est la communion avec Jésus-Christ, c’est une communion pure de personnes et n’a rien à voir avec le caractère d’une institution ; il serait donc erroné à quiconque d’identifier une des églises comme historiquement développée, puisque toutes sont marquées par un caractère institutionnel, sans la véritable communion chrétienne ». Emil Brunner

Extrait de la traduction plagia de Guy Saint-Pierre du livre « Le christianisme paganisé » de George Barna et de Frank Viola – Chapitre 11 – Page 119 – Une nouvelle approche du Nouveau Testament: (1) La Bible n’est pas un puzzle

( Texte basé sur une conférence de Franc Viola du 29 juillet 2000 à l’université d’Oglethorpe à Atlanta, en Géorgie, aux USA, texte qui n’est pas (semble-t-il???) dans la réelle traduction en français du livre de George Barna et de Frank Viola. Voir un exemplaire, par exemple ici) Je me suis permise de retravailler légèrement le français du texte plagia de Guy Saint-Pierre)

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