Garder uniquement la fille ainée

A Rome, beaucoup de nouveaux-nés étaient élevés comme du bétail pour servir à la prostitution. Les familles ne gardaient que la fille ainée. Si d’autres filles arrivaient par la suite, elles étaient exposées à la naissance. Cette pratique était-elle répandue? Dans la Bible, plusieurs familles n’ont qu’une seule fille. Par exemple, Dinah, la soeur des 12 (Genèse 30:21) n’a que des frères. Leah et Rachel par contre sont soeurs. A ma connaissance, la Bible ne parle pas de l’exposition des enfants. Si quelqu’un connait une référence, elle est bienvenue.

Les enfants exposés

Les enfants qui n’étaient pas recueillis mouraient généralement tués par les animaux des rues des villes. Justin, un des premiers chrétiens écrivait peu après la mort des apotres:

Quant à nous, loin de commettre aucune impiété, aucune vexation, nous regardons comme un crime odieux l’exposition des enfants nouveau-nés; parce que d’abord nous voyons que c’est les vouer presque tous, non seulement les jeunes filles, mais même les jeunes garçons, à une prostitution infâme; car de même qu’autrefois on élevait des troupeaux de boeufs et de chèvres, de brebis et de chevaux, de même on nourrit aujourd’hui des troupes d’enfants pour les plus honteuses débauches. Des femmes aussi et des êtres d’un sexe douteux (Non déterminé) livrés à un commerce que l’on n’ose nommer, voilà ce qu’on trouve chez toutes les nations du Globe.

Le mot commerce signifie souvent dans les textes de ces époques: relation sexuelle. La société que Justin décrit était environ la même que celle que les apotres et Jésus ont connue.  Justin souligne que toutes les nations font la même chose.

Il écrivait aux responsables romains pour défendre les chrétiens.  Il dénonçait la persécution des chrétiens et les calomnies à leur encontre.  Philosophe devenu chrétien, il a d’autre part essayé en quelque sorte, de rendre le christianisme accessible aux philosophes au travers d’apologies. Une apologie consiste à exposer une position, une idée ou une doctrine de façon cohérente. (=logique et compréhensible).  Justin est considéré comme apologiste bien que les critiques s’entendent pour dire que les écrits de Justin sont souvent incohérents (=embrouillés)

Dans  cette même lettre de Justin, qui continue ci-dessous, est écrit qu’en plus de la prostitution des enfants exposés, les autorités collectaient des impôts sur leur dos. Justin relève d’autre part les possibles mélanges d’une même famille, un père risquant de se retrouver face à un ou une prostitué(e) qui est son fils ou sa fille ou un autre membre de sa famille.

(suite de la lettre de Justin aux autorités de l’époque) Et au lieu de purger la terre d’un scandale pareil, vous en profitez, vous en recueillez des tributs et des impôts! D’ailleurs ne peut-il pas résulter de cet odieux et sacrilège commerce un mélange affreux des pères avec leurs enfants, des frères avec leurs frères? Il est des misérables qui prostituent leurs filles et leurs femmes: il en est qui se mutilent pour cette infâme turpitude, pour les mystères de la mère des dieux; et à chacune de vos divinités vous donnez pour attribut ce grand et mystérieux symbole du serpent. Voilà ce qui se fait chez vous à la face du soleil: voilà votre culte: Et vous nous imputez vos actes; et vous prétendez que nous étouffons toutes les lumières divines! Au reste ce n’est pas à nous que peut nuire une calomnie de ce genre; elle retombe sur ceux qui commettent tous ces crimes et osent nous les imputer. Parmi nous, le prince des génies malfaisants s’appelle le serpent, le tentateur, Satan; et vous pouvez vous en assurer par la lecture de nos saintes lettres. (La Bible commencera d’être canonisée plus ou moins 250 ans après les écrits de Justin) C’est lui qui sera précipité avec toute son armée et avec les hommes ses adorateurs dans le feu éternel pour y brûler à jamais: le Christ nous l’a prédit. Si un sursis a été accordé à cette condamnation, c’est en faveur de l’homme; c’est en considération de son salut. Car Dieu sait bien que plusieurs se repentent déjà, et que bien d’autres qui sont à naître se repentiront aussi. Quand Dieu créa la nature humaine, il la fit intelligente et libre de choisir le bien et de s’y attacher, en sorte qu’à l’homme raisonnable et intelligent il ne restât aucune excuse devant la justice divine. Aussi prétendre que Dieu ne se met point en peine des choses de ce monde, c’est dire qu’il n’y a pas de Dieu, ou que, s’il y en a, il ne se plaît que dans le mal ou dans une insensibilité de pierre; c’est dire qu’il n’y a ni vice, ni vertu, et que le bien et le mal ne sont que des distinctions chimériques inventées par l’imagination humaine, ce qui est une haute impiété et une odieuse injustice. Quant à l’exposition des enfants, il est un motif encore qui nous la fait abhorrer. Nous craindrions qu’ils ne fussent pas recueillis, et que notre conscience restât ainsi chargée d’un homicide. Au reste, si nous nous marions, c’est uniquement pour élever nos enfants; si nous ne nous marions pas, c’est pour vivre dans une continence perpétuelle. (une des formes de philosophie: l’ascétisme) Naguère, un de nos frères, pour vous persuader qu’il n’y a parmi nous ni mystères impurs, ni mélanges infâmes, présenta à Félix, préfet d’Alexandrie, une requête afin d’obtenir de se faire enlever les organes de la génération. (Il était courant de se rendre physiquement eunuque ou émasculé à ces époques dans la pensée philosophique ascète. Plusieurs des premiers écrivains chrétiens suivaient en parallèle cette philosophie. Paul dénonce déjà l’ascétisme dans une de ses lettres )(1) Les médecins de la ville prétendaient ne pouvoir exécuter cette opération sans la permission du préfet. Félix ne voulut pas obtempérer à cette demande, et le jeune homme fort de sa conscience et content de cet hommage rendu à sa foi, conserva sa pureté et vécut dans la chasteté avec tous ceux qui partageaient sa croyance. Et à ce propos, il me semble assez curieux de faire mention ici de cet Antinous qui parut il y a peu de temps, imposteur effronté que l’on adorait déjà comme un dieu, quoiqu’on sût bien qui il était et d’où il venait.

Apologies: paragraphes 27 à 30, par Justin Martyr
Chrétien mort à Rome sous la persécution vers 165

(1) Paul dénonçais déjà l’ascétisme (en grec: ethelothreskeia)

Colossiens 2 : 23 Ils ont, à la vérité, une apparence de sagesse, en ce qu’ils indiquent un culte volontaire (ethelothreskeia), de l’humilité, et le mépris du corps, mais ils sont sans aucun mérite et contribuent à la satisfaction de la chair.

Béréenne attitude

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