Junia – Junias

Romains 16:7 Saluez Andronicus et Junia, ce sont des apôtres remarquables

Sur l’image ci-dessus, dans l’iconographie grecque: à gauche Andronicus, à droite Junia, les deux apotres que salue Paul à la fin de sa lettre aux Romains et le personnage plus âgé au centre: Athanasius, patriarche d’Alexandrie de 328 à 373.

Les chrétiens orthodoxes considèrent Junia comme une apôtre femme depuis le début de l’église. Origène et Jean Chrysostome, deux chrétiens qui ont beaucoup écrit, et qui sont morts, le premier dans les années 250, le deuxième dans les années 400, ou encore Jérôme, lequel a traduit la Bible en latin (La Vulgate) dans les années 400, considéraient tous Junia comme une femme et comme une femme apôtre.

Il y a 700 ans, Aegide de Rome, né en 1245, et probablement élève de Thomas d’Aquins, ce dernier né en 1226,  fait de Junia un homme dans ses travaux théologiques(1). Junia sera considérée comme un homme par plusieurs christianismes en Occident, jusqu’à ce que l’histoire démontre qu’elle était femme.

Les collaboratrices

Selon les recherches actuelles d’Alphonse Maillot, sur les 37 collaborateurs (compagnons de service) mentionnés dans la Bible, un tiers sont des femmes. C’est à dire 12 femmes pour 24 hommes environ.  Par exemple, Romains 16:12 – Philémon 1:2 – Philippiens 4:3

  • Saluez Tryphène et Tryphose, elles qui travaillent pour le Seigneur. Saluez la bien-aimée Perside, qui a beaucoup travaillé pour le Seigneur.
  • A Philémon, notre bien-aimé collaborateur, à notre bien-aimée Apphia.
  • je te prie de les aider, elles qui ont combattu pour l’Évangile avec moi

D’autres femmes sont encore mentionnées dans la Bible.

Kyria

Jean écrit une lettre entière à Kyria. Plusieurs pensent que ce n’était pas une femme mais une église.

2 Jean 1:1 L’ancien, à Kyria l’élue et à ses enfants, que j’aime dans la vérité

Kyria est le féminin de kurios, maitre, titre donné en signe de respect dans les salutations envers les « sages et anciens » à ces époques. (Voir les sources, dans l’article de ce blog sur Kyria)

Phoebé

Romains 16:1-2 Je vous recommande notre sœur Phœbé, diacre de l’Eglise de Cenchrées.

Dans la langue grecque, les diacres et les diaconesses sont des ministres (synonyme de serviteurs) qui exercent un ministère (=un service), des diaconos.

Plusieurs traductions de la Bible en français parlent de ministres, lorsqu’il s’agit d’hommes, et de diaconesses, lorsqu’il s’agit de femmes. Mais il n’y  a qu’un, et qu’un seul terme en grec: diaconos que le français traduit parfois par diacre, parfois par ministre et parfois par serviteur. (En tant que nom, adjectif ou verbe).

Le site, La Référence Biblique, permet de voir d’un coup d’œil comment est traduit diaconos, pour parler de Phoebé dans plusieurs traductions françaises différentes en cliquant ici.

Pour résumer les articles précédents et ce dernier, pour plusieurs Junia est devenue un homme, Kyria une église, et Phoebé une « petite » ministre. D’autres noms de collaboratrices (compagnons) femmes seront passés sous silence, et comme il n’y avait soudain plus de ministères féminins à relever dans la Bible, ils n’existaient donc pas.

Plusieurs christianismes par contre, n’ont jamais pensé que des femmes ne servaient pas dans la Bible.

Plus rarement, si une femme de la Bible est mentionnée, ses défauts et faiblesses sont relevés plus que son service et ses qualités.

Béréenne attitude

PS: Nympha – Nymphas

  1. Saluez les frères et soeurs qui sont à Laodicée, ainsi que Nymphas et l’Eglise qui est dans sa maison. (Colossiens 4:15) Segond 21
  2. Vous saluerez les frères de Laodicée, spécialement Nymphas et l’Église qui se réunit dans sa maison. (Colossiens 4:15) Peuples
  3. Saluez les frères qui sont à Laodicée, et Nymphas, et l’Eglise qui est dans sa maison.  (Colossiens 4:15) Louis Segond 1910

Nympha(s) dans l’histoire, a soudain elle aussi, été considérée comme un homme. Nous savons aujourd’hui qu’elle est femme car le pronom qui accompagne son nom est féminin dans les manuscrits les plus anciens. La référence en langue anglaise de la Bible, la King James, la considérait premièrement comme une femme. (Voir l’article de ce blog spécifique à Nympha)

L’épitre aux Laodicéens ne fait pas partie de « nos » Bible.  La lettre aux Corinthiens en parle. Cette lettre était considérée comme faisant partie du Nouveau Testament jusqu’au 4ème siècle.  Elle se trouve dans un peu plus d’une centaine de manuscrits de la Vulgate.  En supposant qu’elle soit de Paul, ce serait en quelque sorte une carte postale, qu’il aurait envoyée depuis la prison de Rome, qui n’apporte pas d’informations théologiques.  La lettre aux Laodicéens commence d’ailleurs par « Paul, apôtre non de la part des hommes, ni par un homme, mais par Jésus-Christ, aux frères qui sont à Laodicée ». Elle pourrait apporter par contre, des informations non-théologiques, par exemple, avoir été écrite aux frères, et soeurs, de la Ville de Laodicée, et plus particulièrement à l’église de la maison de Nymphas, une femme…

Junia, une femme apôtre ressuscitée par l’exégèse

Livre de d’Eldon Jay Epp (éd. Labor et Fides, 168 p., 22 €)

Introduction

(…) Si la tradition laisse entendre que seuls des hommes furent les apôtres de la première Eglise, certains passages bibliques indiquent le contraire. C’est le cas de la salutation finale de la Lettre aux Romains au chapitre 16 où Paul salue Junia, « apôtre éminente qui a appartenu au Christ avant lui ». Or, tout au long du XXe siècle, la critique textuelle a fait croire que Junia était un nom masculin et que, par conséquent, il n’était pas pensable qu’une femme fût dans le premier groupe des fondateurs de communautés. Le bibliste américain Eldon Jay Epp mène l’enquête sur ce cas d’école qui trahit une authentique imposture intellectuelle commise sur un texte antique au nom de sombres calculs idéologiques. Cette démonstration permet dans le même temps de comprendre comment fonctionne la méthode historique appliquée à la Bible.

Résumé du livre d’Eldon Jay Epp: Junia, une femme apôtre ressuscitée par l’exégèse

Dans la plupart des Bibles, Paul salue en Romains 16,7 « Andronicus et Junias, […] éminents parmi les apôtres ». Dans cet essai, Eldon Jay Epp, professeur en littérature biblique à la Divinity School de Harvard, veut démontrer que Junias est en réalité Junia, une femme et non celui qu’on a masculinisé dans nombre de copies et de traductions.

Dans cette réhabilitation exégétique, l’auteur présente des témoins dont l’un des plus influents reste Jean Chrysostome : « De fait, quelle ne dut pas être la sagesse de cette femme pour qu’elle soit jugée digne du titre d’apôtre. »

(Je n’ai pas lu ce livre. C’est la source en français qui m’a semblé objective, la plupart des informations sur Internet étant en anglais)(Est-ce que quelqu’un a lu ce livre ?)

Articles plus complet (et sources) dans ce blog

Autres sources et divers

  • Un article en anglais de Margaret Mowczko (blog newlife.id.au) « Stephanas or Stephana: Man or Woman? ».
  • (1) Gilles de Rome – Aegidius Columnaa (1245-1316) probablement élève de de Thomas d’Aquin pendant 3 ans, fut archevêque de Bourges en France et docteur des ermites de Saint-Augustin. Dans le cadre de ses travaux, il a fait de Junia un homme. Ses travaux portaient sur la métaphysique, la physique, la théorie de la connaissance, l’angéologie, l’éthique, la politique, l’économie et la théologie (Opera theologica). Il a publié 117 ouvrages connus, principalement le Théorèmes sur l’être et l’essence (commentaires sur une partie de l’ensemble de tous ses travaux dans: Opera omnia). Thomas d’Aquin (mort en 1274) écrivait des choses comme: « En tant qu’individu, la femme est un être chétif et défectueux » ou il écrivait encore: « la femme est un mâle manqué » ou encore : « À proprement parler, la femme est un monstre de la nature ». Thomas d’Aquin méprisait aussi l’intelligence des femmes, sans parler des juifs et des enfants. Si Gilles de Rome n’était pas directement élève de d’Aquin, il a en tout cas vécu dans une période imprégnée par ce courant de pensée.
  • Le Thomisme, c’est à dire les idées de Thomas d’Aquin, viennent d’être remises globalement sur le devant de la scène par Benoit 16. Le pape qui l’avait précédé, Jean-Paul 2, a créé la première loi interdisant totalement et définitivement les femmes dans le clergé catholique romain.
  • L’ordination de femmes évêques dans l’église anglicane d’Angleterre a été votée et approuvée en Juillet 2014. Les paroisses qui ne souhaitent pas une évêque femme peuvent demander spécifiquement un évêque homme. L’ordination de femmes prêtres avait été votée et approuvée en 1992.  «D’un point de vue théologique, l’Eglise a eu tort de ne pas ordonner des femmes évêques si on se réfère aux Saintes Ecritures, à la nature de Dieu et en particulier à la manière dont l’Eglise s’est organisée à ses débuts» a commenté l’archevêque de Cantorbéry en Angleterre, Justin Welby. D’autres Églises anglicanes, comme celles des États-Unis, d’Australie, du Canada, autorisaient déjà les femmes évêques. L’église anglicane fonctionne par pays. Elle est composée de 80 millions de fidèles à travers le monde.
  • Dans différentes assemblées évangéliques, des charges-services-responsabilités ont été données aux femmes dans l’histoire. Récemment, les traducteurs de la King James, la référence en traduction anglaise, avaient réagit (dans les années 1900) face à la montée des femmes dans les assemblées. Junia et Nympha sont soudain devenues des hommes, alors que depuis la première King James, en 1611, elles étaient deux femmes. La grammaire en anglais est différente qu’en français. (Voir l’article de ce blog spécifique à Nympha pour plus de détails)
  • En 1523, le Cénacle de Meaux qui traduisit la Vulgate en français considéra Junia comme un homme, bien que dans la traduction latine à sa disposition le nom soit clairement féminin. (2) (je ne retrouve plus mes sources à ce sujet)
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