L’héritage catholique: Le grand concile œcuménique de Latran IV en 1215

A cette époque, les rois mariaient leurs enfants avec les enfants d’autres rois. La plupart des rois avaient plusieurs femmes, beaucoup de leurs femmes étaient les filles d’autres Rois. A force de se marier entre Rois, quelques générations plus tard, les Rois en Europe étaient tous plus ou moins cousins. Le territoire de cette grande famille était toujours plus étendu, et surtout, cette grande famille avait toujours plus de pouvoir. En 1215, un concile catholique a soudain décrété que le mariage entre cousins était interdit. Les Rois qui auraient marié une de leur cousine, même si c’était leur petite-petite-petite-petite-petite cousine, étaient excommuniés. Le clergé se donnait ainsi du pouvoir sur les Rois, par exemple en ne les ex-communiant pas,  s’ils collaboraient.

La sacralisation du mariage

Soudain, suite au Concile de 1215, les prêtres se sont mis à bénir les mariages. Auparavant, les mariages n’étaient bénis par personne. Dès lors, le mariage deviendra un sacrement en plus du baptême et de l’eucharistie. D’autres sacrements seront encore ajoutés à ces trois, un ou deux siècles plus tard. Avec la sacralisation du mariage, vient l’interdiction formelle de divorcer. Plus loin encore, la séparation n’est plus reconnue comme pouvant être  un réel divorce. Dans la bible, dans les évangiles de Matthieu, Marc et Luc nous pouvons lire par exemple en Marc :

  • Marc 10:9 Que l’homme ne sépare pas ce que Dieu a joint (ce que Dieu a uni)

Les conciles catholiques ont été au-delà des paroles de Jésus, disant : Il est impossible à l’homme de séparer ce que Dieu a uni. La bible dit simplement :

  • ne sépare pas.

Si l’homme sépare ce que Dieu a uni, ce que Dieu a uni est séparé. Ce n’est pas la volonté de Dieu, le projet de Dieu mais c’est une réelle séparation, un réel divorce.

Le divorce des femmes dans la première alliance

Dans l’ancien testament, dans la loi de Moïse, nous pouvons lire :

  • Exode 21:10-11 Nourriture, vêtement, droit conjugal. Et si le mari ne fait pas pour son épouse ces trois choses, son épouse pourra sortir librement et sans donner de l’argent.

Dieu donne une porte de sortie aux femmes pour ne pas avoir faim et pour ne pas manquer d’affection. (Droit conjugal que d’autres versions de la bible traduisent par affection conjugale). La difficulté est de transposer la protection et l’affection données aux femmes aux époques où la femme peut travailler et subvenir seule à ses besoins. Le père qui décide de garder ou non sa fille vierge (1 Corinthiens 7:35-36) n’est par exemple plus pris en compte dans « notre » culture chrétienne. Le passage donné précédemment suit le verset 7 du livre de l’Exode :

  • si un homme vend sa fille pour être esclave/ servante.

A cette époque, toutes les filles étaient achetées à leur père, par leur futur mari. Une femme devait rembourser sa dot en cas de divorce, sauf si son mari ne se préoccupait plus suffisamment d’elle. La polygamie était « la norme sociale » à l’époque de Moise. Lorsque Jésus est venu sur la terre, les hébreux étaient très rarement polygames (plus de deux femmes), ils étaient parfois bigames (deux femmes).

Le divorce des hommes dans la première alliance

Dans l’ancien testament, dans la loi de Moïse, nous pouvons lire :

  • Deutéronome 24 :1 Quand quelqu’un aura pris une femme, et se sera marié avec elle, s’il arrive qu’elle ne trouve pas grâce devant ses yeux, à cause qu’il aura trouvé en elle quelque chose de malhonnête, il lui donnera par écrit la lettre de divorce, et la lui ayant mise entre les mains, il la renverra hors de sa maison.

Le contexte social des femmes et des enfants lorsque Jésus est venu sur la terre

Dans toutes les sociétés de cette époque, le divorce était une chose courante. Par conséquent, beaucoup d’hommes et de femmes étaient plusieurs fois remariées et beaucoup d’autres étaient divorcés. Beaucoup parmi les femmes répudiées se retrouvaient à la rue, souvent sans leurs enfants, comme de nos jours encore, où les femmes répudiées sont laissées sur le trottoir, dans plusieurs pays du monde. Parfois, elles arrivent à se remarier, plus rarement, leurs familles prennent soin d’elles. Mais la plupart du temps, la société entière et même leur famille les rejettent. A ces époques, les maris répudiaient leurs épouses. Les femmes, elles, n’étaient que très peu enseignées sur la Loi de Moise, avaient-elles connaissance de cette liberté de partir, que donnait la Loi de Moise ? Et dans la pratique, pouvaient-elles survivre dignement et déjà manger à leur faim, après être partie? Concrètement, était-il mieux pour elles de rester ou de partir? La question ne se posait probablement pas dans plusieurs classes sociales. Lydie par exemple était commerçante, Phoebée travaillait elle aussi dans une fonction importante, parmi la description que le Nouveau Testament en fait.

L’enseignement des grands responsables hébreux du temps de Jésus

Hillel l’ancien en parlant aux hommes du divorce (considéré comme le plus grand sage du Sanhédrin juif du temps d’Hérode et de l’empereur Auguste.) : « On peut répudier une femme si elle a mal préparé un plat, si elle commet une maladresse , si elle laisse brûler le rôti » Rabbi Aquiba (un autre grand responsable) « Si quelqu’un voit une femme plus belle que la sienne qu’il répudie la sienne ». Il disait même se baser sur les écritures (de l’Ancien Testament) « car il est écrit (Deutéronome 24 :1) Si elle n’a pas trouvé grâce à tes yeux ». Schemaïa, par contre (un autre grand responsable), enseignait qu’il fallait divorcer uniquement pour de très bonnes raisons. Deux camps s’étaient formés parmi les hébreux, celui de Schemaïa et celui d’Hillel. Ce dernier enseignait un peu ce que les hommes avaient envie d’entendre, c’est à dire, qu’ils étaient entièrement libres de répudier leurs épouses comme bon leur semblait.

Jésus leur répondra sévèrement

Lorsque les pharisiens, saducéens, et autres scribes vinrent interroger Jésus, c’était premièrement pour connaitre sa position par rapport aux enseignements de Schemaïa et d’Hillel. Ils lui demandèrent : est-il possible de répudier une femme pour n’importe quel motif ? C’est dans ce contexte que Jésus se fâchera contre les hébreux sur leur façon de répudier leurs épouses. Les disciples répondront à Jésus : si la condition de l’homme est de devoir prendre soin de son épouse, autant ne pas nous marier. (Implicitement : ne pas pouvoir en changer comme bon nous semble … et premièrement et en toutes lettres, les disciples sont étonnés d’entendre qu’ils puissent avoir à prendre soin de leur épouse …)

Jésus voyait trop de femmes répudiées se retrouver à la rue, à la merci de la violence des passants, de la faim, de la soif, de la solitude, des humiliations, etc, etc. Jésus pensera comme à son habitude, à prendre soin des plus faibles.

Les paroles de Jésus : sur le remariage

Quiconque répudiera sa femme et en épousera une autre, commet adultère envers la première; (Marc 10:11)

Pour le mot adultère le grec est moichaó. L’adultère implique de prendre ce qui appartient à quelqu’un d’autre. Un adultère (moichos) est un homme qui couche avec une femme mariée, selon les 10 commandements et Mat 5:27-28)

Les paroles de Jésus : sur le divorce

Passablement de traductions de la bible disent :

sauf pour infidélité (Matthieu 19:9)

Pour le mot infidélité, le grec est porneïa. C’est l’unique passage de la Bible qui traduit porneïa par infidélité. (Le même passage est dans les 3 Évangiles synoptiques) Partout ailleurs dans la bible, porneïa est traduit, soit par impudicité, soit par fornication et dans tout l’Ancien Testament par prostitution.

D’autres versions de La Bible ne traduisent pas porneïa par adultère, infidélité ni même par fornication. (Voir un des passages en question). Généralement, les 3 passages concernés, reprennent le même vocabulaire en français dans une même version.

La fornication

La Septante (première traduction grecque des écritures hébraïques vers 270 avJC) traduit la plupart du temps le fait de servir des dieux étrangers par porneïa. Dans l’histoire, les prostitué(e)s sacré(e)s servaient les dieux et déesses païennes dans les temples en offrant leur corps ‘aux dieux’, c’est à dire à ‘n’importe qui’. Lorsque la prostitution est devenu un commerce hors des temples, et que les ‘filles’ travaillaient sous des voûtes (en grec les voûtes se disent porne, ainsi que les prostitué(e)s, et en latin voûte se dit fornix, ainsi que les prostitué(e)s) Les écrivains latins ont commencé de traduire porneïa par fornix, qui donnera en français fornication, forniquer.

Divorcer pour  porneïa ?

La raison donnée par Jésus serait donc de ne pas répudier son conjoint, sauf si il ou elle sert des dieux étrangers. Paul nous informe que le chrétien n’est pas lié lorsqu’un païen se sépare. Le païen sert forcement des dieux étrangers. (1Corinthiens 7). Porneïa se retrouve encore dans la bible dans des contextes particuliers, comme « avoir » la femme de son père. Que signifiait exactement ‘avoir une femme’, à ces époques ? Paul parlera d’une porneïa pire que celle des païens. Et selon les fresques retrouvées,  les païens pratiquaient en sexualité ‘tout ce qu’il est possible de pratiquer’. Lorsque la bible parle de tromper son conjoint, dans le nouveau testament, c’est ce mot grec moichaó qui est traduit en français par adultère (ou infidélité) et qui implique de prendre ce qui appartient à quelqu’un d’autre, qu’un homme prenne une femme appartenant à un autre homme.

Dans l’Ancien Testament, il était interdit de se marier avec ceux qui servaient d’autres dieux de peur de détourner les enfants d’Israël de l’Éternel et de les inciter à servir d’autres dieux.

Les veuves

Le mot veuve est la traduction du grec chéra : littéralement ou figurativement veuve, déficience/manque de mari. Une femme littéralement veuve a réellement un mari décédé. Une femme figurativement veuve est dans la situation d’une veuve, mais son mari n’est pas forcement mort. Une femme en déficience, en manque de mari, c’est une femme qui n’a pas de mari sur lequel compter pour manger, pour se vêtir, etc (De nos jours, une femme seule peut subvenir à ses besoins dans plusieurs régions du monde mais c’est un autre sujet)

Chèra signifie ne pas avoir de mari : veuve, séparée, abandonnée, répudiée, ou encore dont le mari a ‘disparu’ et tous les cas de figure possible pour une femme seule. L’apôtre Paul va encore plus loin dans sa lettre à Timothée, il précise que les véritables veuves sont sans personne pour les nourrir. (1 Tim 5:16)

Paul va dans la même direction que la première alliance, que la loi Moise : la femme peut partir librement lorsque son mari ne lui donne pas suffisamment de nourriture, de vêtement et d’affection conjugale. Paul s’est lui aussi préoccupé de la santé, du bien-être, des femmes et de leurs enfants. Tout comme l’ensemble des premiers chrétiens.

L’apôtre Paul : aux femmes

Je veux donc que les jeunes veuves se remarient, qu’elles ne donnent à l’adversaire aucune occasion de médire (1Timothée 5 :11-14 )

Paul ne souhaite pas de veuves de moins de 60 ans pour servir. Il ordonne aux plus jeunes de se remarier, si elles souhaitent servir, pour pouvoir exercer un ministère une fois (re)mariée.

L’apôtre Paul : aux hommes et aux femmes

1 Corinthiens 7 :8 A ceux qui ne sont pas mariés, et aux veuves il vaut mieux se marier que de brûler

A ceux désigne les hommes de sexe masculin (en grec le mot aner) . Pas marié traduit le grec agamoï : sans femme, seul. Agamoï recouvre toutes les situations : jamais été marié ou ayant déjà été marié. L’apôtre Paul parle donc dans ce passage des hommes seuls, célibataires, veufs, divorcés, etc.

Dans ce même passage, aux veuves, s’adresse aux femmes qui n’ont pas de mari. Veuve, chèra, mot grec traduit en français par veuve dans toute la bible. A ces femmes ainsi qu’aux hommes sans épouse, Paul dira qu’il vaut mieux se marier que de brûler, se remarier que de brûler.

Jésus s’était retrouvé devant les femmes répudiées et jetées à la rue par des maris enseignés par les pharisiens. Paul lui se retrouvera face à l’église, composée de nombreux non-mariés. Il choisira de les inciter à se marier, et même à se remarier plutôt que de laisser des hommes et des femmes, parfois très jeunes, ‘célibataires à vie’, condition qui, pour beaucoup, était trop lourde à supporter.

1 Corinthiens 7:2 Pour éviter la débauche (porneïa), que chacun ait sa femme et que chaque femme ait son mari.

Le regard de Jésus envers les remariés multiples

Jésus, aux questions des pharisiens répondra :

Marc 10:5 Et Jésus leur dit: C’est à cause de la dureté de votre coeur que Moïse vous a donné ce précepte. Mais au commencement de la création, Dieu fit l’homme et la femme; 7 c’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère, et s’attachera à sa femme, et les deux deviendront une seule chair. Ainsi ils ne sont plus deux, mais ils sont une seule chair. Que l’homme donc ne sépare pas ce que Dieu a joint.

Au commencement de la création, Dieu fit …………

Lorsque Jésus est venu sur la terre, beaucoup d’hommes et de femmes étaient bien loin de ce commencement. Quelles ont été les réponses de Jésus dans la pratique ?

Jésus a par exemple rencontré une femme qui, après cinq mariages successifs, était avec un homme, sans être mariée avec lui : la samaritaine, femme habitant la région de Samarie.

Jésus utilisera la situation de cette femme pour se faire connaitre en tant que Christ/Messie, alors qu’à cette époque précise, Jésus ne disait pratiquement à personne qu’il était le Messie. Mais il le dira à la samaritaine. Jésus lui fera encore, à elle seule, deux autres grandes révélations, les disciples étant absents. Jésus ne fera aucun reproche, aucune remarque à la samaritaine. Cette femme ira témoigner dans son village que Jésus est le Messie qu’ils attendaient, et parmi ces personnes, plusieurs viendront à Jésus.

Certaines traditions d’église enseignent le même jour le passage de la samaritaine (Jean 4) et le passage de la femme adultère (Jean 8). Ces deux passages écoutés ensemble induisent à attribuer des paroles de Jésus à l’une de ces deux femmes, envers l’autre de ces deux femme. Par exemple, Jésus ne dit pas à la samaritaine : va et ne pêche plus.

Lire le chapitre 3 puis le chapitre 4 de l’évangile de Jean, c’est à dire, lire cet évangile en suivant, donne au passage de la samaritaine l’éclairage que son auteur a souhaité lui donner. Nous pouvons y voir alors, le regard que porte Jésus envers les remariés multiples. Jean, qui vivait dans le contexte ‘religieux’ de son époque, n’a pas pu, ne pas penser à la condition des femmes (et des samaritains) en écrivant son Évangile : Jésus transmet un enseignement important de la même manière à un homme, docteur de la loi et pharisien, qu’à une femme, remariée-multiple, étant avec un homme sans être mariée, (très certainement) analphabète, et samaritaine.

Mini-synthèse du dialogue de Jésus avec Nicodème, dans l’évangile de Jean, au chapitre précédent l’histoire de la samaritaine

  1. Jésus : en temps que fils (v 2 et 13 à 21) et lumière (v 19)
  2. L’eau : naitre d’eau
  3. L’esprit : naitre d’esprit (v 1 à 21)

Thèmes que Jésus reprend et précise à la samaritaine dans le chapitre suivant, bien que le message central soit: sur quelle montagne adorer Dieu? Les juifs adorent Dieu à Jérusalem, les samaritain, dans un presque même temple, mais sur une montagne de Samarie, Jésus répondra que ce n’est plus dans un temple (aucun des deux) mais en esprit et en vérité.

  1. Jésus : en temps que Messie/Christ (V19 et 25-26)
  2. L’eau : Jésus source d’eau vive (v 7à 15)
  3. L’esprit : adorer ne dépend plus d’un lieu mais de l’esprit (v 20-24)
  4. Dans quel lieu adorer Dieu? Fin de la séparation entre juif et samaritain (v 9)

Alors que Nicodème ira de nuit la samaritaine évangélisera son village et amènera plusieurs à Jésus.

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Articles connexes

  1. Remariage chrétien, que dire aux enfants ?
  2. Les veuves dont le mari n’est pas mort
  3. Jésus ne dit pas à la Samaritaine, va et ne pèche plus
  4. Voir aussi la vidéo de Théonoptie sur le divorce, qui explique entre autre, la différence entre le divorce et la répudiation ou encore que le verset biblique sur le divorce dans la langue d’origine s’adresse aux hommes et aux femmes.
  5. Les premiers chrétiens prennent soin des veuves : Pas de femme évêque ?

Sources

  1. chera http://biblehub.com/strongs/greek/5503.htm
  2. agamoï http://biblos.com/1_corinthians/7-8.htm
  3. et http://concordances.org/greek/22.htm
  4. Instauration de la sacralisation du mariage en 1215 https://bereenne.wordpress.com/2014/12/28/1215-sacralisation-du-mariage-de-civil-il-devient-religieux/
  5. et http://www.herodote.net/histoire/synthese.php?ID=643
  6. Contexte culturel sur le divorce au temps de Jésus-Christ http://www.regard.eu.org/Livres.6/Palestine.au.temps.de.JC/15.html
  7. Contexte culturel de la samaritaine au temps de Jésus-Christ à partir du portail catholique de la Bible http://www.interbible.org/interBible/source/feminin/2011/fem_110527.html
  8. La fornication https://bereenne.wordpress.com/category/fornication/

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