Il existe des similitudes entre quelques lignes de l’un des livres d’Irénée de Lyon (vers 180) et les premiers crédos, symboles de foi (vers 325).

Symbole de Nicée (vers 325)

(Version contemporaine dans l’église catholique)

« Je crois en un seul Dieu, le Père tout-puissant, créateur du ciel et de la terre, de l’univers visible et invisible. Je crois en un seul Seigneur, Jésus-Christ, le Fils unique de Dieu, né du Père avant tous les siècles ; il est Dieu, né de Dieu, lumière, née de la lumière, vrai Dieu, né du vrai Dieu. Engendré, non pas créé, de même nature que le Père, et par lui tout a été fait. Pour nous les hommes, et pour notre salut, il descendit du ciel ; par l’Esprit-Saint, il a pris chair de la Vierge Marie, et s’est fait homme. Crucifié pour nous sous Ponce Pilate, il souffrit sa passion et fut mis au tombeau. Il ressuscita le troisième jour, conformément aux Écritures, et il monta au ciel ; il est assis à la droite du Père. Il reviendra dans la gloire, pour juger les vivants et les morts; et son règne n’aura pas de fin. Je crois en l’Esprit Saint, qui est Seigneur et qui donne la vie ; il procède du Père et du Fils. Avec le Père et le Fils, il reçoit même adoration et même gloire ; il a parlé par les prophètes. Je crois en l’Église, une, sainte, catholique et apostolique. Je reconnais un seul baptême pour le pardon des péchés. J’attends la résurrection des morts, et la vie du monde à venir. Amen »

Symbole des apôtres

(nous ne connaissons ni  son origine ni sa date de « conception »)

« Je crois en Dieu, le Père tout-puissant, Créateur du ciel et de la terre. Et en Jésus Christ, son Fils unique, notre Seigneur ; qui a été conçu du Saint Esprit, est né de la Vierge Marie, a souffert sous Ponce Pilate, a été crucifié, est mort et a été enseveli, est descendu aux enfers ; le troisième jour est ressuscité des morts, est monté aux cieux, est assis à la droite de Dieu le Père tout-puissant, d’où il viendra juger les vivants et les morts. Je crois en l’Esprit Saint, à la sainte Église catholique, à la communion des saints, à la rémission des péchés, à la résurrection de la chair, à la vie éternelle. »

Extrait d’un livre d’Irénée de Lyon (vers 180)

Dans un des livres rédigé par Irénée et ses coauteurs, environ 140 ans avant le symbole de Nicée, nous trouvons  un presque même énoncé : Contre les hérésies, 3ème livre, 4ème partie, 2ème paragraphe :

« C’est à cet ordre que donnent leur assentiment beaucoup de peuples barbares qui croient au Christ : ils possèdent le salut, écrit sans papier ni encre par l’Esprit dans leurs cœurs, et ils gardent scrupuleusement l’antique Tradition, croyant en un seul Dieu, Créateur du ciel et de la terre et de tout ce qu’ils renferment, et au Christ Jésus, le Fils de Dieu, qui, à cause de son surabondant amour pour l’ouvrage par lui modelé, a consenti à être engendré de la Vierge pour unir lui-même par lui-même l’homme à Dieu, qui a souffert sous Ponce Pilate, est ressuscité et a été enlevé dans la gloire, qui viendra dans la gloire comme Sauveur de ceux qui seront sauvés et Juge de ceux qui seront jugés et enverra au feu éternel ceux qui défigurent la vérité et qui méprisent son Père et sa propre venue. »

Tradition orale ou écrite?

Dans ces quelques lignes, Irénée et ses coauteurs ne parlent pas de Bible. Bible qui, entre parenthèse, n’était pas encore canonisée.  Ils font pourtant référence aux écrits existants, comme la Septante et les écrits des apôtres. Peu après ce petit passage précis,  ils souligneront une deuxième fois que ceux qui ont la véritable foi ne connaissent pas forcement les lettres mais sont capables, parce qu’ils ont l’Esprit dans leur coeur, de discerner les faux-prophètes (les hérétiques) et les fausses-doctrines (les hérésies).

Leurs cinq livres dans leur globalité et premièrement leur troisième dans son ensemble relèvent l’antique tradition écrite des apotres. (un seul et même terme grec est traduit indifféremment en français par tradition ou instruction) Irénée dans ce troisième livre, et dans sa prédication apostolique, recommande de se référer uniquement à cette antique tradition des apotres et de la conserver précieusement.

Paul, et Silvain, et Timothée

(2Thessaloniciens 3 :6) « Or nous vous prescrivons, frères, au nom du Seigneur Jésus Christ, de vous tenir à distance de tout frère :
– qui mène une vie désordonnée
– qui ne se conforme pas à la tradition que vous avez reçue de nous. (à l’instruction que vous avez reçue de nous) »

Conserver la tradition des apôtres

Le but était de conserver la tradition reçue des apôtres qui se transmettait de bouche à oreille mais avait été aussi rédigée. Irénée et ses coauteurs soulignent ceci :

« Le Seigneur de toutes choses a en effet donné à ses apôtres le pouvoir d’annoncer l’Evangile (Mt 28, 18-19 ; Mc 16, 15), et c’est par eux que nous avons connu la vérité, c’est-à-dire l’enseignement du Fils de Dieu. C’est aussi à eux que le Seigneur a dit : « Qui vous écoute m’écoute, et qui vous méprise me méprise et méprise Celui qui m’a envoyé » (Lc 10, 16). [1, 1] Car ce n’est pas par d’autres que nous avons connu l’« économie » de notre salut, mais bien par ceux par qui l’Évangile nous est parvenu. Cet Évangile, ils l’ont d’abord prêché ; ensuite, par la volonté de Dieu, ils nous l’ont transmis dans des Écritures, pour qu’il soit le fondement et la colonne de notre foi. »

L’évangile transmis dans des écritures : fondement et colonne de la foi

Paul écrivait encore  (1Timothée 3:15) « au tout début de l’église, que l’Eglise de Dieu était la colonne de la vérité. Eglise de Dieu qui bénéficiait encore de l’instruction des apotres en personne. »

Irénée de Lyon et ces coauteurs, vers 180 ont écrit à l’un de leur ami dans le but de l’informer de la teneur des fausses-doctrines et de lui transmettre les noms des faux-prophètes de cette époque.  D’autre part, ils lui ont recommandé les assemblées (connues des auteurs des livres « contre les hérésies ») comportant l’enseignement le plus proche de celui des apôtres. Ces derniers ont rassemblé des informations pour en faire 5 livres  :  Contre les hérésies livre 1, Contre les hérésies livre 2, etc, etc. Les noms des autres écrivains ne nous sont pas connus.

Dès qu’il y eu des écrits, les premiers chrétiens fondèrent leur foi sur l’évangile écrit et ajoutèrent à l’autorité de L’Ancien Testament, l’autorité des écrits des apotres.

Leur troisième livre explique par exemple,  qu’il ne reste que quelques anciens très âgés qui ont entendu de leurs oreilles les apôtres, et qu’ils ont donc la tradition « de première main », l’instruction de première main, et peuvent retransmettre avec exactitude ce qu’ils ont entendu directement des apôtres. Le but étant de transmettre au plus près l’antique tradition apostolique.

Pierre avait transmis ce qu’il a reçu de Jésus à tous les anciens: (1Pierre 1:1 et 1Pierre 5:1-5) « à ceux qui sont étrangers et dispersés dans le Pont, la Galatie, la Cappadoce, l’Asie et la Bithynie …aux anciens qui sont parmi vous, moi ancien comme eux … Paissez le troupeau de Dieu … en étant les modèles du troupeau … vous qui êtes jeunes, soyez soumis aux anciens. »

Généralement, le terme ancien signifiait avoir un certain age. (Plus de 30 ans) Il signifie aussi: ne pas être un nouveau converti. Ce qui correspond à ce que dit Paul à Timothée, concernant la charge d’évêque:  (1Timothée 3:6) « Il ne faut pas qu’il soit un nouveau converti, de peur qu’enflé d’orgueil… »

Le troisième livre d’Irénée de Lyon mentionne juste après le passage mis côte à côte du symbole de Nicée :

Ainsi, grâce à l’antique Tradition des apôtres, rejettent-ils jusqu’à la pensée de l’une quelconque des inventions mensongères des hérétiques.

A peine plus loin,  dans ce même 3ème livre  :

(…) Ce qui les a jetés dans toutes ces aberrations, c’est leur ignorance des Écritures

Les hérétiques, les faux-prophètes ne connaissaient pas suffisamment les Ecritures (La Septante et les écrits des apotres). C’est pourquoi, ils se sont trompés.

Ces cinq livres reprennent et confirment les écrits apostoliques et désignent le ministère des apôtres comme ayant été tout particulier.

La manière dont la Tradition issue des apôtres se présente dans l’Église et subsiste parmi nous. Les apôtres ont mis par écrit l’Évangile

  • « (…) ils (les apôtres) avaient, tous ensemble et chacun pour son compte, l’ « Évangile de Dieu » (Rm 1, 1 ; 15, 16 ; 2 Co 11, 7 ; 1 Th 2, 3 ; 2, 8-9 ; 1 P 4, 17). Ainsi
  • Matthieu publia-t-il chez les Hébreux, dans leur propre langue, une forme écrite d’Évangile, à l’époque où Pierre et Paul évangélisaient Rome et y fondaient l’Église. Après la mort de ces derniers,
  • Marc, le disciple et l’interprète de Pierre, nous transmit lui aussi par écrit ce que prêchait Pierre. De son côté,
  • Luc, le compagnon de Paul, consigna en un livre l’Evangile que prêchait celui-ci (Ga 2, 2 ; 1 Th 2, 9). Puis
  • Jean, le disciple du Seigneur, celui-là même qui avait reposé sur sa poitrine (Jn 13, 23 ; Jn 21, 20), publia lui aussi l’Évangile, tandis qu’il séjournait à Ephèse en Asie. (…)
  • Telle étant donc la manière dont la Tradition issue des apôtres se présente dans l’Église et subsiste parmi nous revenons à la preuve tirée des Écritures de ceux d’entre les apôtres qui ont mis par écrit l’Évangile, Écritures dans lesquelles ils ont consigné leur pensée sur Dieu
  • (…) avec ces prédications concordent toutes les épîtres de Paul »

En tout cas, les Actes et les lettres de Jean, sont aussi mis en avant dans ces livres. L’autorité des écritures (La Septante, l’Ancien Testament) et l’autorité de la tradition apostolique écrite y est soulignée de nombreuse fois :

  • « tu dois comprendre que des preuves contenues dans les Écritures ne peuvent être produites qu’en citant ces Écritures mêmes »

L’autorité des apotres

Dans la Bible: (Éphésiens 3:5) « Il n’a pas été manifesté aux fils des hommes dans les autres générations, comme il a été révélé maintenant par l’Esprit aux saints apôtres et prophètes de Christ. »

Irénée et ces coauteurs, vers 180, reprendront  les écrits de  Paul, qui expliquait que les apotres ont eu une connaissance toute particulière de l’Évangile, qui ne se reproduira pas dans les autres générations :

Irénée de Lyon, Livre 3 (…) « Le Seigneur de toutes choses a en effet donné à ses apôtres le pouvoir d’annoncer l’Évangile et c’est par eux que nous avons connu la vérité, c’est-à-dire l’enseignement du Fils de Dieu. C’est aussi à eux que le Seigneur a dit : « Qui vous écoute m’écoute, et qui vous méprise me méprise et méprise Celui qui m’a envoyé. » Car ce n’est pas par d’autres que nous avons connu l’« économie » de notre salut, mais bien par ceux par qui l’Evangile nous est parvenu. Cet Evangile, ils l’ont d’abord prêché ; ensuite, par la volonté de Dieu, ils nous l’ont transmis dans des Ecritures, pour qu’il soit le fondement et la colonne de notre foi. Car il n’est pas non plus permis de dire qu’ils ont prêché avant d’avoir reçu la connaissance parfaite, comme osent le prétendre certains, qui se targuent d’être les correcteurs des apôtres. En effet, après que notre Seigneur fut ressuscité d’entre les morts et que les apôtres eurent été, par la venue de l’Esprit Saint, revêtus de la force d’en haut, ils furent remplis de certitude au sujet de tout et ils possédèrent la connaissance parfaite ; et c’est alors qu’ils s’en allèrent jusqu’aux extrémités de la terre, proclamant la bonne nouvelle des biens qui nous viennent de Dieu et annonçant aux hommes la paix céleste : ils avaient, tous ensemble et chacun pour son compte, l’« Evangile de Dieu».(…) Et tous ceux-là nous ont transmis l’enseignement suivant : un seul Dieu, Créateur du ciel et de la terre, qui fut prêché par la Loi et les prophètes, et un seul Christ, Fils de Dieu (…) »

Ces cinq livres d’Irénée et sa prédication des apôtres sont sur Internet. (En plusieurs traductions différentes)

Quelques citations des premiers chrétiens, à propos (des écrits) des apôtres

Irénée ( 202*) Contre les hérésies: livre 3

Cet Evangile, ils l’ont d’abord prêché ; ensuite, par la volonté de Dieu, ils (les apôtres) nous l’ont transmis dans des Ecritures, pour qu’il soit le fondement et la colonne de notre foi.  (…) ils furent remplis de certitude au sujet de tout et ils possédèrent la connaissance parfaite (…) ils avaient, tous ensemble et chacun pour son compte, l’«Evangile de Dieu»

Athanasius (373)

En l’an 367 Athanase d’Alexandrie adressa une directive fixant les livres de la Bible autorisé à être lu par les églises d’Égypte.  Plus de 100 textes furent interdits. A propos de la liste de livre qu’il considérait comme inspirés, il écrira: (Traduction libre à partir de l’anglais) Ce sont les fontaines du salut, celui qui a soif peut être désaltéré par les Paroles Vivantes qu’ils contiennent. En leur sein, seul la doctrine (l’enseignement) de la piété est proclamée. Que personnes n’en ajoutent d’autres, et qu’aucun ne soit pris à l’extérieur d’eux.  A leur propos, le Seigneur avait humilié les (avait fait honte aux) Sadducéens. Il avait dit: Vous errez, car vous ne connaissez pas les Écritures.

Cyrille (387) 4e Catéchèse

N’ajoutez aucune foi à ma simple parole si vous ne recevez des divines Écritures la démonstration de ce que j’avance

Ambroise (397) Lettre XLVIIe

Je regarde comme une grâce  quand celui qui lit mes ouvrages, me communique les doutes qu’il peut avoir sur mes opinions.

On abandonne l’Apôtre pour s’attacher à Aristote ! Il ne doit y avoir rien de commun entre nous et la philosophie du siècle. C’est là ce que l’Apôtre appelle les éléments du monde, qui ne servent qu’à détourner notre foi de la vérité, par la recherche d’une science profane

Jérôme  (420) Lettre à Théophile Patriarche d’Alexandrie

Je mets les Apôtres dans un tout autre rang que les écrivains qui les ont suivis. Tout ce que disent les premiers est certain; les derniers errent en diverses choses, car ils sont hommes

Augustin (430) Réfutation de Fauste, Livre II et Lettre à Jérôme

Augustin parlant des divers ouvrages composés après les Apôtres nous dit: «Il faut les lire, non pas pour y ajouter foi comme si nous étions tenus de les croire, mais pour en juger avec liberté».

Les Livres canoniques sont les seuls que je révère au point de croire très-fortement que leurs auteurs n’ont pu se méprendre en rien. Quant aux autres écrivains, quelque distingués qu’ils soient par leur piété et leurs lumières, je ne me fais pas une loi, en les lisant, de juger vrai ce qu’ils avancent, parce qu’ils l’ont cru vrai; mais je n’y défère qu’autant que les autorités des Livres saints, dont ils appuient leurs opinions, me persuadent qu’elles sont conformes à la vérité. Je suis certain que c’est la règle que vous suivez aussi bien que moi».

* Plusieurs dates sont approximatives. Les dates de naissance n’ont pas été reprises.

(1) et (2) Différentes définitions pour les verbes vérifier et évaluer: La foi d’un enfant et le jugement d’un adulte

Sources:

En Anglais: Bible Research > Canon > Ancient Lists

François Auguste Alphonse Gonthier, « Petite bibliothèque des pères de l’é̓glise, Volume 1 » (Livre numérique Google)

Béréenne attitude