Aux réunions, tous les hommes peuvent parler les uns après les autres, lire un passage de la Bible, choisir un chant. Il n’y a pas de liturgie, pas de déroulement de culte prévu d’avance, chacun est libre de parler lorsqu’il le souhaite.

Les frères ont une énorme connaissance de la Bible. Ils l’étudient chaque jour en famille, souvent chaque soir en petit groupe, et le dimanche ils se réunissent presque tous le matin et l’après-midi, et même parfois encore le soir. Il y a plus de 300 assemblées de frères en France et ils sont représentés sur les 5 continents.

D’une assemblée à l’autre, l’importance donnée à la ‘tenue vestimentaire’ change. Généralement, dans les petits villages isolés des montagnes, les femmes sont plutôt en jupe et avec des cheveux longs. Dans et autour des grandes villes, les femmes sont de plus en plus habillées ‘normalement’, portent des cheveux courts et même teints, des bijoux et des pantalons. Depuis les années 1980, dans plusieurs assemblées de frères, les femmes peuvent maintenant elles aussi prier et lire la Bible à haute voix pendant les réunions.

Comme ces assemblées ne sont pas fédérées, il n’y a pas de ‘centralisation’, de système pyramidal ou même de système non pyramidal. Les frères se réunissent au Nom de Jésus, selon le passage de l’évangile de Matthieu (18:20), lorsque Jésus dit :

  • là où deux ou trois sont assemblés en mon nom, je suis au milieu d’eux.

Historiquement, c’est dans la capitale de l’Irlande, à Dublin et dans plusieurs région d’Europe en particulier à Plymouth en Grande-Bretagne,  que plusieurs chrétiens se sont séparé de toutes les structures pyramidales existantes, pour essayer de revenir à la Bible seule aussi pour le déroulement des rencontres et la structure des assemblées.

Les frères n’ont pas repris la liturgie ‘historique protestante’, qui elle-même découle de la liturgie catholique. Mais ils ont recherché dans la Bible comment se déroulaient les rencontres des premiers chrétiens, comme beaucoup de chrétiens avant et après eux dans l’histoire.

Les darbistes, les frères, se sont basés sur le chapitre 14 des Corinthiens, le seul passage de la Bible qui décrit le déroulement d’une assemblée. (avec Actes 15 qui décrit une autre forme de rassemblement et mis à part les très nombreuses rencontres décrites dans la cour du temple, les synagogues-basiliques et autres agora, forum, la ‘nature et la rue’, et les maisons des uns et des autres).

Ils mettent en avant principalement 1Corinthiens 14:26 et 1Corinthiens 14:30

  • Que faire donc, frères et sœurs? Lorsque vous vous réunissez, chacun [de vous] peut apporter un cantique, un enseignement, une révélation, une langue ou une interprétation. Que tout se fasse pour l’édification. (Traduction Segond 21)
  • Mais que tout se fasse avec bienséance et avec ordre. (Traduction Segond 1910)

Passages de La Bible, qu’ils reprendront plutôt dans la traduction Darby (Le terme « soeur » n’y est pas). Ils utilisent d’ailleurs principalement cette traduction de la Bible. Par ailleurs, passablement l’interprètent de façon littérale. Une moitié des darbistes reprend le verset 34 de ce même chapitre des Corinthiens sur le silence des femmes.

Si nous demandons à un frère, par exemple: de quoi parle le chapitre 12 de l’épitre aux Romains, ou encore: qui était Nabuchodonosor, la plupart sauront répondre, même les jeunes. S’ils sont relativement peu de langue française par rapport aux autres chrétiens, beaucoup étudient et écrivent (sans être payés pour le faire). 

Les frères ont différents sites, par exemple en français www.fileo.info ou www.bibliquest.org ou encore www.bible-notes.org qui comportent beaucoup d’informations, ainsi que des blogs plus petits.

La collecte sert à payer le loyer du lieu de rassemblement, et la diffusion de Bibles, ou encore de calendriers qui comportent un verset biblique pour chaque jour ou chaque mois. Personne n’est payé par l’assemblée pour animer et bien souvent, il n’y a pas de responsables du tout. Parfois des anciens sont élus par l’assemblée entière. Certaines assemblées envoient des frères pour annoncer la bonne nouvelle de l’évangile aux non-chrétiens. Ces derniers reçoivent un salaire par leur assemblée.

Georges Muller est mondialement connu. Il est à la base des premiers frères larges.  Mouvement de frères qui s’est développé au coté du mouvement de Darby,  plus étroit, dans les années 1800. Georges Muller est principalement connu pour ses orphelinats. Ils avaient la capacité d’accueillir 2000 enfants et ils ont vu défiler plus de 19’000 enfants. Georges Muller n’a jamais demandé d’argent mais il a reçu de quoi payer à chaque enfant des études. C’était les enfants les plus instruits de la région, mis à part les quelques enfants issus des familles riches. Muller écrivait que la dîme de tous les chrétiens d’une assemblée n’aurait pas même suffit à nourrir les orphelins pour un unique repas. Il n’a jamais fait de collecte et n’a jamais exprimé même, les besoins des enfants à quelqu’un. Il demandait tout à Dieu par contre. Les enfants ont eu à manger tous les jours, suffisamment d’habits et ils ont reçu chacun à leur départ, ‘un petit bagage’, une bible et une somme d’argent, pour cette époque, les années 1850, c’était énorme. Beaucoup d’enfants devenus adultes enverront des dons à l’orphelinat et des lettres de remerciements et d’encouragements.

D’autres part, en dehors des orphelinats et dans différents lieux, 120’000 enfants seront scolarisés et George Muller soutiendra encore différents autres adultes ou œuvres.

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Bristol

Les journaux publièrent l’avis suivant, cinquante ans après sa mort: “L’orphelinat de George Müller, à Bristol, (Grande-Bretagne) demeure l’une des merveilles du monde. Depuis sa fondation en 1836, le chiffre des contributions que Dieu lui a accordées uniquement en réponse aux prières, atteint plus de vingt millions de dollars et le nombre des orphelins recueillis s’élève à 19’935. Bien que les vitres de près de quatre cents fenêtres aient été récemment brisées par les bombes (au cours de la Seconde Guerre mondiale), aucun enfant, aucun membre du personnel n’a été blessé “.

De nos jours, on pourrait largement multiplier par 10, les dollars reçus pour les enfants. Georges Muller redistribuait à d’autres, ce qu’il y aurait pu y avoir ‘en trop’.

Un article détaille les conditions de vie des enfants en Angleterre à ces époques, et présente le livre  « Les orphelinats de George Müller« , raconté par William Conductier à la Radio de Colmar (Alsace, France).

Actuellement, les frères larges sont plutôt issus d’un mouvement né dans les années 1980. Ils partagent de plus en plus le pain et le vin avec d’autres mouvements chrétiens.

Pour pouvoir partager le pain et le vin, il faut prouver avoir compris ce que signifie le pain et le vin et avoir un bon comportement. Plus le mouvement de frères est étroit, plus il se sépare des dénominations organisées, plus le mouvement est large, moins il s’en sépare.

Les frères ne sont pas des évangéliques. Ils ne sont pas considérés ainsi par les évangéliques et ils ne font pas partie des fédérations évangéliques.

Ils ne se disent pas darbistes, ce sont ‘les autres’ qui les appellent ‘darbistes’. Ils se disent simplement ‘frères’ (ou soeurs), sous le regard de Jésus.


(Article écrit en 2012, ce qui suit a été ajouté fin 2016)

Un peu d’histoire

En 1800, les églises anglicane d’Irlande et d’Angleterre sont politisées, et par exemple, à Genève en Suisse, les futurs pasteurs-théologiens-protestants étudient les idées de Jean-Jacques Rousseaux, c’est à dire le libéralisme. L’homme est naturellement bon mais lorsqu’il rencontre des humains méchants, il devient méchant à son tour et ceux qui le rencontreront deviendront méchants à leur tour. La méchanceté de tous crée des luttes de pouvoir et d’argent, donc des inégalités sociales. Pour retrouver sa bonté naturelle, l’homme doit bénéficier d’un bon système politique  sans moralité chrétienne, le contrat social.

Dès 1810,  partout dans les pays christianisés souffle le vent d’un Réveil spirituel. Une génération de chrétiens se lève à partir de plusieurs pays d’Europe. Parmi les premiers,  par exemple, Robert Haldane, César Malan , Frédéric Monod, Ami Bost, Félix Neff, Louis Barbey, Albert Dentan.

A Genève, en voyageant en Suisse, Robert Haldane s’était rendu compte de la méconnaissance de la Bible des jeunes étudiants en théologie. Le 6 février 1817 (il y a près de 200 ans) il leur fait découvrir l’épître aux Romains.

Frédéric Monod, l’un des étudiants, écrivit plus tard au sujet de Robert Haldane: il était évident qu’il s’occupait sérieusement de nos âmes, et des âmes de ceux qui pourraient être placés sous nos soins pastoraux. De tels sentiments nous paraissaient à tous bien nouveaux. Ensuite la débonnaireté (la sympathie), la patience à toute épreuve avec laquelle il prêtait l’oreille à nos sophismes (répliques), à nos ignorantes objections, aux essais que nous faisions de l’embarrasser par des difficultés de notre invention, et ses réponses à tout et à nous tous. Mais ce qui m’étonna et me fit réfléchir plus que toute autre chose, ce fut sa connaissance pratique de l’Ecriture, sa foi implicite à la divine autorité de cette parole, dont nos professeurs étaient presque aussi ignorants que nous, et qu’ils citaient, bien moins pour en référer à la source unique et infaillible de la vérité religieuse que pour relever leurs propres enseignements. Nous n’avions jamais rien vu de semblable. (Ndlr: c’est à dire, les étudiants de l’école protestante de théologie de Genève en Suisse,  qui étudiaient pour devenir pasteur, n’avaient jamais rien vu de semblable)

Deux suisses se rendront au Canada, dont Louis Roussy, suite aux prédications de Robert Haldane. En 1836 Henriette Feller, de Lausanne (Suisse), commence une école dans une seule pièce dans la petite communauté agricole de Grande-Ligne, au Québec. Elle comportera par la suite quatre imposants bâtiments, une église attenante, une ferme et plusieurs maisons pour les professeurs. Beaucoup de pasteurs francophones (et par la suite aussi anglophones) en sortiront diplômés.

Un article plus détaillé parle du mouvement parti de Suisse: Genève, être protestant, et après? Tous les chrétiens issus de ce réveil, ne sont pas devenus « frères » (darbistes). Beaucoup se sont simplement rassemblés dans les dénominations déjà existantes ou encore se sont rapprochés les uns des autres, et formé différents courants, que les médias français classifieraient certainement sous l’étiquette « évangélique ».

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Le Réveil en Europe

A Dublin, la capitale de l’Irlande, deux étudiants en théologie âgés d’une trentaine d’années, Antony Groves et John-Gifford Bellett se réunissent avec Edward Cronin et Francis Hutchinson. Ce groupe grandit très rapidement et doit changer de salle trois fois en trois ans. Les participants continuent de fréquenter leur église d’origine. Ils invitent même leurs pasteurs à leurs réunions.

En 1826, John-Nelson Darby, bléssé, se rend à Dublin pour des soins, et les rencontre. Ils réalisent que des hommes non-croyants peuvent être ordonnés pasteurs, alors que les croyants (les chrétiens) ne prêchent pas. Ils réalisent que c’est le Saint-Esprit qui fait toute la différence et qu’il y a partout de réels chrétiens. Leur souhait est de les réunir, sans forcement se regrouper autour d’une organisation et d’un cadre, souvent rigide. C’est le Saint-Esprit qui distribue les dons, à chacun en particulier comme il lui plait (1Corintiens 12:4 et 11), Jésus-Christ étant le chef de Son Eglise, et les chrétiens sont tous sur un même plan indépendamment de leur milieu.

John-Nelson Darby prêche (encore) en tant que prêtre de l’église anglicane en Irlande et en Angleterre. Il y rencontrera de réels chrétiens de 1830 à 1836. Cette année là, il se retire des églises nationales associées au pouvoir politique, après une discussion avec son archevêque.

Il appelle alors les chrétiens à sortir « hors du camp », c’est à dire, des églises institutionnelles (politiques ou, et, libéralistes) en insistant sur la vocation céleste de l’Église, qui implique une séparation d’avec le pouvoir temporel (le pouvoir du moment) (le pouvoir d’un moment de l’histoire)  (Hébreux 13:13-14).

Cet appel lui vaudra une grande impopularité dans les milieux protestants qui annoncent à ces époques le libéralisme et ne parlent plus du tout du salut en Jésus-Christ. Un peu partout dans les pays christianisés, souffle le vent d’un Réveil spirituel, qui touche surtout les chrétiens des églises protestantes et anglicanes, des pays protestants et anglicans. Le Réveil a lieu soit à l’intérieur d’une assemblée, soit en dehors.

Tous insistent sur 3 points :

  1. La nécessité d’une authentique conversion personnelle
  2. La présence du Seigneur au milieu des deux ou trois réunis en son nom (selon Matthieu 18:20)
  3. Le sacerdoce universel sans nomination (chacun peut prêcher et prier lors des réunions).

Ces chrétiens s’appellent entre eux « frères », brethren en anglais et en allemand. Ils seront appelés par « les autres » de différents noms plus ou moins moqueurs: momiers, piétistes, pieux, réveillés, bigots, puritains, etc. et darbistes.

Le Réveil touchera de nombreux pays.  John-Nelson Darby, par exemple, voyagera sur pratiquement tous les continents.

A noter, que les frères-brethren ont repris une appellation, qui avait été données aux chrétiens, lors d’un précédent réveil. Vers 1708 à Schwarzenau, en Allemagne, après avoir longuement étudié la Bible, 5 hommes et 3 femmes (entre autre, Alexander Mack, Peter Becker et John Nass) se baptisent les uns, les autres, dans le fleuve Eder.  Ils seront premièrement appelés Dunkers, en français, plongeurs, car ils se baptisent par immersion ou Frères Baptistes allemands (German Baptist Brethren) ou  Frères de Schwarzenau (Schwarzenau Brethren). Ce Réveil avait touché passablement de chrétiens dans le monde. Ils avaient pris différentes appellations, ou bien plutôt, ils avaient été affublés de différentes appellations, comme par exemple « anabaptiste », aussi en référence à leur baptême par immersion d’adulte. Tous seront grandement persécutés et par les autorités des états catholiques et par les autorités des états protestants.

Un peu d’histoire sur les bibles dites « de Darby »

En français, la première traduction dite « de Darby » comporte de nombreuses notes de variantes de texte. C’est à dire, plusieurs propositions pour un même verset.

Elle n’a pas été faite d’après le texte reçu, comme par exemple la Martin.

Plusieurs équipes ont travaillés sur une traduction dite « de Darby » en plusieurs langues.

En Français, les livres saints (connus sous l’appelation « Nouveau Testament ») de la traduction de 1859 dite de Pau-Vevey a été reprise et rééditée en 1872, 1875, 1878. La Bible complète parut en 1885. C’est la traduction dite de Darby. Pau-Vevey, fait référence aux villes de Pau (France) et de Vevey (Suisse) où des équipes de pasteurs ont participé à ces différentes éditions.

La Nouvelle Traduction du Nouveau Testament en néerlandais «Darby» est principalement le travail de  John-Nelson Darby et de H. C. Voorhoeve. Ils semblent s’être un peu appuyé sur les travaux de l’équipe allemande.

En fait, tout est parti de la langue allemande. Julius von Poseck avait traduit quelques Epîtres en allemand. En 1851, il envoya ses travaux en cours à John-Newton Darby pour lui demander son avis. John-Newton Darby ou encore Carl Brockhaus s’attelleront alors à traduire la Bible entière avec la collaboration de Julius von Poseck.

En Anglais également, un très grand travail fut réalisé. Un certain nombre d’autres traductions se réfèrent aux bibles dites de Darby. Par exemple en Roumain ou encore en Slovaque.

Béréenne attitude

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