La première partie du dernier chapitre de l’évangile de Marc qui se retrouve dans tous les manuscrits et dans « nos » Bibles actuelles: Marc 16 (LSG)

  • V1 à V8

1 Lorsque le sabbat fut passé, Marie de Magdala, Marie, mère de Jacques, et Salomé, achetèrent des aromates, afin d’aller embaumer Jésus. (…) VERSET 8 Elles sortirent du sépulcre et s’enfuirent. La peur et le trouble les avaient saisies; et elles ne dirent rien à personne, à cause de leur effroi. (Dans d’autres traductions: elles ne dirent rien à personne car elles avaient peur)

Les manuscrits de la toute dernière partie de l’évangile de Marc sont différents. Tous comportent les 8 premiers versets du dernier chapitre que nous connaissons. Plusieurs manuscrits s’arrêtent au V8. D’autres comportent différentes fins en plus des 8 premiers versets. Lorsque les évangiles ont été rédigées, il n’existait ni verset ni chapitre, il existait parfois des espaces avec des petits traits en introduction à chaque « phrase ». Par la suite, elles deviendront des versets numérotés. La première Bible qui a contenu des versets est la Bible de Calvin dans les années 1500.

Les fins les plus courantes retrouvées dans les différents manuscrits du chapitre 16 de l’évangile de Marc

  1. V1 à V8
  2. V1 à V8 + V9 à V11
  3. V1 à V8  + V12 à V20
  4. V1 à V8  +  V9 à V11 + V12 à V20 (« nos » Bible actuelles)
  5. Entre les V14 et V15, le « Freer logion », passage qui n’est pas dans « nos » Bibles actuelles

V9 à V11

9 Jésus, étant ressuscité le matin du premier jour de la semaine, apparut d’abord à Marie de Magdala, de laquelle il avait chassé sept démons. 10 Elle alla en porter la nouvelle à ceux qui avaient été avec lui, et qui s’affligeaient et pleuraient. 11 Quand ils entendirent qu’il vivait, et qu’elle l’avait vu, ils ne le crurent point.

V12 à V14 – Freer logion – V15 à V20

  • V12 à V14

12 Après cela, il apparut, sous une autre forme, à deux d’entre eux qui étaient en chemin pour aller à la campagne. 13 Ils revinrent l’annoncer aux autres, qui ne les crurent pas non plus. 14 Enfin, il apparut aux onze, pendant qu’ils étaient à table; et il leur reprocha leur incrédulité et la dureté de leur coeur, parce qu’ils n’avaient pas cru ceux qui l’avaient vu ressuscité. (Fin du V14)

  • (Logion de Freer, entre le V14 et le V15, voir plus bas)
  • V15 à V20

(suite V15) Puis il leur dit: Allez par tout le monde, et prêchez la bonne nouvelle à toute la création. 16 Celui qui croira et qui sera baptisé sera sauvé, mais celui qui ne croira pas sera condamné. 17 Voici les miracles qui accompagneront ceux qui auront cru: en mon nom, ils chasseront les démons; ils parleront de nouvelles langues; 18 ils saisiront des serpents; s’ils boivent quelque breuvage mortel, il ne leur feront point de mal; ils imposeront les mains aux malades, et les malades, seront guéris. 19 Le Seigneur, après leur avoir parlé, fut enlevé au ciel, et il s’assit à la droite de Dieu. 20 Et ils s’en allèrent prêcher partout. Le Seigneur travaillait avec eux, et confirmait la parole par les miracles qui l’accompagnaient.

Le logion de Freer

Ceux-ci dirent pour leur défense : « Ce siècle d’impiété et d’incrédulité est sous le pouvoir de Satan qui ne permet pas que la vérité et la puissance de Dieu soient reçues par les esprits impurs ; c’est pourquoi révèle dès maintenant ta justice. » Ils disaient cela au Christ et le Christ leur répondit : « Le terme des années du pouvoir de Satan est accompli, mais d’autres choses terribles approchent. Et moi-même j’ai été livré à la mort pour ceux qui ont péché afin qu’ils se convertissent à la vérité et qu’ils ne pèchent plus désormais, afin qu’ils héritent de la gloire, de la justice spirituelle et incorruptible qui est dans le ciel. »

Le logion de Freer dans une autre traduction française

Evangile Marc Etienne Trocmé freer logion google book.png

Que penser de la fin de l’évangile de Marc que nous connaissons?

L’un ou l’autre verset de Marc 9 à 20 est parfois mis en avant pour faire partie des bases de la croyance de l’une ou l’autre dénomination. Ces « doctrines de base » sont parfois remises en question par d’autres dénominations, qui soulignent d’autres passages de la Bible. L’éclairage global du Nouveau Testament confirme-t-il chaque verset de la fin que nous connaissons?

Ou en posant la question dans l’autre sens, quels sont les passages de la fin de Marc que plusieurs non-chrétiens auraient pu ne plus souhaiter voir dans « nos » Bibles?

Précisions sur les manuscrits

La majorité des manuscrits onciaux, c’est à dire en lettres majuscules (1) et la Vulgate connaissent la «version longue», jusqu’au V20, la fin qui se retrouvent dans nos Bibles actuelles. Le codex Vaticanus et le codex Sinaïticus, écrits dans les années 300, s’arrêtent au V8. D’autres manuscrits proposent l’une ou l’autre version pour les versets suivants le 8. L’analyse du passage des V9 à V20 et l’analyse des autres écrits de la même époque (à l’extérieur de la Bible) fait pencher les spécialistes pour croire que:

  1. soit la longue fin de Marc date des années 133 à 166 et il a probablement écrit pour annoncer l’évangile aux grecs
  2. soit cette longue fin aurait pu se détacher d’un codex (d’un livre), le premier rédacteur de Marc ayant forcement raconté l’apparition de Jésus en Galilée(V16)

Le passage des V9 à V20 a été déclaré canonique par l’église catholique lors du Concile œcuménique protestant-catholique de Trente (1545-1563), sans obligation pour les catholiques de croire qu’il est de Marc. Wikipédia ne parle pas des protestants. Mais ce concile s’était terminé dans une certaine entente théologique entre protestants et catholiques. Comme les Bibles « protestantes » contiennent aussi ce passage, il a dû être aussi « ratifié » par les protestants, dans le but d’avoir une même Bible.

L’évangile de Marc, une Haggada?

Les hébreux lisaient ou chantaient une Haggadah, le soir de La Pâque, pour commémorer la sortie de l’esclavage de l’Égypte. Différentes Haggada existent encore de nos jours et sont lues le soir de La Pâque. L’exégète belge et moine bénédictin Benoît Standaert, a proposé de voir dans l’évangile de Marc une « nouvelle haggadah », un texte à lire par les hébreux devenus chrétiens, le soir de la veillée de La Pâque. L’évangile de Marc souligne le «passage» de Jésus. La Pâque elle, concerne le « passage » des hébreux de l’esclavage au pays promis. Il est possible de faire des analogies entre le « passage » de Jésus: sa mort et sa résurrection et en quelque sorte la résurrection du peuple hébreux arrivé dans un pays fertile (où coule le lait et le miel), après 400 ans d’esclavage. L’évangile de Marc reprend l’ensemble de l’histoire du peuple hébreu racontée habituellement dans les Haggadah.

Le regard des exégètes sur la datation de l’évangile de Marc

La théorie des deux sources est reconnue par plusieurs exégètes. Selon cette théorie, les évangiles de Matthieu et de Luc se basent sur l’évangile de Marc qui aurait été écrit en premier.

Un regard particulier

Beaucoup d’exégètes pensent que la plupart du Nouveau Testament a été écrit après la mort des apôtres, par des auteurs inconnus écrivant sous un pseudonyme. L’abbé Philippe Rolland a publié de nombreux articles et ouvrages sur les origines des évangiles et la structure littéraire du Nouveau Testament. Ses travaux démontrent l’authenticité des écrits des témoins de Jésus, du temps de leur vivant. Philippe Rolland propose la chronologie suivante. Les évangiles ont été rédigées:

  • Avant 40: Évangile de Jérusalem et sa traduction en grec
  • Avant 43:  Évangile de Césarée (Q)
  • 63 ou 64: Évangile grec de Matthieu
  • … Évangile de Luc et Actes des Apôtres
  • 66 ou 67: Évangile de Marc
  • Vers 100: Évangile de Jean

(Les théologiens catholiques se sont soudain mis à défendre les écritures bien, bien, plus que les théologiens protestants.  Beaucoup parmi ces derniers (protestants) semblent rechercher les failles de La Bible pour la discréditer, bien plutôt que ses très nombreuses cohérences, concordances, pour la « confirmer ».  Sur Internet (et en librairie), il y a peu, très, très peu d’écrits qui vont dans le sens de « renforcer La Bible ».)

Béréenne attitude

(1) Le latin  et le grec s’écrivaient premièrement en majuscule uniquement.   Sur les papyrus, les traits pouvaient être plus fins, lorsqu’ils étaient écrit à la mains. C’est pourquoi, il s’est développé l’écriture en minuscule. L’écriture en majuscule s’appelle onciale (ou encore lapidaire ou encore écriture de librairie).  Les traits fins des minuscules ne pouvaient pas être gravés sur des supports en pierre. L’évolution des lettres a pris plusieurs siècles. Il n’est pas possible de dire, avant tel siècle, tous les manuscrits étaient ainsi et après telle année, tous sont comme cela.

Sources:

  1. Français: Le google books d’Etienne Trocmé
  2. Français: Les différentes finales de l’Évangile de Marc: (source)
  3. Wikipédia
  4. Anglais: Information on the Freer Logion (source)
  5. Codex et exégète, un article de ce blog: Vocabulaire théologique : quelques définitions
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