Par Raymond Lacombe Publié sur LME, édition du jeudi 6 janvier 2011

  • Halte aux traditions dans nos églises!

Le fonctionnement des églises baptistes haïtiennes, tant en Haïti qu’en diaspora, est assujetti à un certain nombre de principes qui ne sont appuyés par aucune référence biblique. Ce sont des traditions qui guident et régissent sans qu’on soit vraiment capable de les justifier sinon de dire que « ça a toujours été ainsi ». Nous sommes souvent étonnés d’entendre des pasteurs, pour justifier certaines pratiques dans nos églises ici au Québec, dire: « c’était comme ça en Haïti ». Ce doit être ainsi aussi dans d’autres églises ailleurs en diaspora. Comme si nous n’avons aucune possibilité d’évoluer, que nous sommes acculés dans un état statique et que de ce fait, aucun changement ne peut être opéré dans notre façon de faire l’église. La première conséquence de cet état de fait, non la moindre, est la mainmise des leaders sur les congrégations qu’ils dirigent. D’autres conséquences résultent de ces traditions: on peut citer le fait que nos leaders acceptent très mal la critique, qu’ils pensent être les seuls détenteurs de la vérité, qu’ils croient être les seuls par qui le St-Esprit agit, etc.

  • Les traditions

A. L’accès au Baptême

Notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ nous a laissé deux ordonnances: le Baptême (Matthieu 28 :19) et la Sainte Cène (Luc 22 :19 et 20). Le Baptême est certes une étape importante dans le cheminement d’un croyant. Cependant, le processus qui est utilisé dans nos églises pour amener les gens à franchir cette étape est tout simplement non-biblique et repose en fait sur les traditions.

  • C’est quoi le Baptême ?

Le baptême chrétien ou baptême d’eau est le symbole de notre identification à la mort, l’ensevelissement et la résurrection de Jésus-Christ (Romains 6 :1 à 13). A ce titre, il est un témoignage public (personnel) de notre appartenance à Christ. Ceci revient aussi à dire qu’il est une manifestation extérieure de notre foi en Jésus-Christ. La Bible donne plusieurs exemples de la façon dont les croyants se faisaient baptiser: – les Samaritains (Actes 8 :12); – l’intendant éthiopien (Actes 8:34 à 39); – Paul (Actes 9:17 et 18); – le geôlier de Philippe (Actes 16:29 à 33); – Crispus, sa famille et plusieurs Corinthiens (Actes 18 :8) etc.

  • Comment cela se passe-t-il dans nos églises ?

En Haïti, le processus qui mène au baptême était (l’est peut-être encore) un parcours du combattant. En plus de suivre une série de cours (ce qui est bien en soi), il fallait passer au travers des mailles de deux filets qui n’ont aucune justification biblique: réussir un examen et obtenir de bons témoignages de la part de connaissances ou membres de la famille. Ainsi, si la personne qui voulait se faire baptiser, échouait l’examen ou si les témoignages recueillis n’étaient pas bons, elle n’était pas qualifiée pour être baptisée. Ainsi est la loi des hommes: point final. La Bible déclare pourtant :  » Mais, quand ils (les Samaritains) eurent cru à Philippe qui leur annonçait la bonne nouvelle du royaume de Dieu et du nom de Jésus-Christ, hommes et femmes se firent baptiser « (Actes 8 :12).En diaspora, nos traditionalistes leaders poursuivent sur la même lancée. Cours, examens, bons témoignages de tiers, sinon pas de baptême. La déclaration de foi de la personne ne pèse pas bien lourd dans la balance, car ce qui compte, ce n’est pas tant la relation personnelle du croyant avec son Dieu mais plutôt ce que pensent son pasteur, les diacres et son entourage. Leur jugement est implacable alors que celui de Dieu est caractérisé par la compassion et la richesse de sa bonté. Ironie du sort, ceux qui jugent les autres avec tant de sévérité ont bénéficié de la grâce et de la sollicitude du Père.

B. La participation à la Sainte Cène

La Sainte Cène est la deuxième ordonnance laissée par Jésus-Christ. Le fait de participer au repas du Seigneur (car c’est bien là le sens de cette action) est, comme le baptême, un geste personnel qui témoigne de la communion de cette personne avec le Christ. Or, elle est vidée de son sens profond par la tradition qu’on y rattache. En Haïti par exemple, lorsque les diacres distribuaient le pain et le vin, ils notaient (discrètement) les noms de ceux qui n’y participaient pas et faisaient rapport au pasteur qui s’empressait de rendre visite à ces gens afin de les exhorter. Ne pas participer à la Sainte Cène est synonyme de la reconnaissance d’un péché commis. Ainsi, beaucoup de gens posaient machinalement ce geste afin d’éviter de répondre de leur abstinence. En diaspora, la dynamique est différente. Le pasteur ne va pas aussi loin mais le regard inquisiteur des membres assis près de la personne qui ne participe pas à la Sainte Cène est lourd de sens. Certes, la participation au repas du Seigneur est une affaire sérieuse qui nécessite le discernement du corps du Seigneur. L’apôtre Paul est catégorique « Celui qui mange et boit sans discerner le corps du Seigneur, mange et boit un jugement contre lui-même »(1 Corinthiens 11:29). Cependant, aucun passage biblique n’autorise un pasteur à interdire à un membre d’y participer. Apffel Stéphane a écrit : «La mise sous discipline avec privation de Sainte Cène pendant un certain nombre de semaines, n’a strictement aucun fondement scripturaire». Il ajoute: «Le refus de donner la Sainte Cène est donc une pratique non-biblique». Il arrive parfois, dans notre communauté, qu’un pasteur demande sans détour à un membre, de s’abstenir de participer au repas du Seigneur, suite à un comportement qu’il a jugé inapproprié. S’il est permis de sanctionner un membre, le pasteur en est-il exempt? Si oui, en raison de quelle logique? Est-il sans péché? La réponse, on le sait, est non. Le pasteur, comme n’importe quel croyant, a des besoins spirituels, des faiblesses humaines et les mêmes passions. Alors qu’est-ce qui l’habilite à, non seulement administrer, mais également participer à la Sainte Cène en tout temps? Car de mémoire d’homme, on n’a jamais vu un pasteur dire aux membres: « Chers frères et sœurs, je me sanctionne aujourd’hui et par conséquent, je ne peux ni présider ni participer à la table du Seigneur ».

Par Raymond Lacombe Publié sur LME, édition du jeudi 6 janvier 2011


(NDLR) Il n’est pas rare que les critères des lettres de Tite et Timothée,  soient repris comme critères pour ‘évaluer’ les futures baptisés. Sont-ils repris envers les anciens?

Publicités